PARTIE II, UV. Vil, CHAP. XXXVIII
sois un intercesseur bénéyole auprès de ton maître , afin qu'il favorise cette iufélicissime comtesse , et ta^ très-humblissime servante. Madame la cop[ites$e , répondit Sancho , que ma bonté soit aussi grande que la barbe de votre écuyer, cela ne fait rien à l'affaire, et ce n'est pas de quoi je lue soucie ; mais sans que vous vous amusiez à me dorer la pilule avec toutes vos prières, que je ne mérite point, je ne laisserai pas de prier mon maître, que je sais qmi m'aime bien, et surtout à cette heure qu'il a besoin de. moi pour certaine chose, qu'il vous favorise et vous aide en tout ce qu'il pourra ; allez , ma chère madame , déchar* gez seulement votre cœur, et nous apprenez ce qui vous embarrasse, et vous verrez ce que nolis savons faire.
Le duc et la duchesse étaient ravis de voir que leur dessein réussissait si bien de tous côtés, c^r don Quichotte et Sancho prenaient la chose le plus sérieusement du monde, et la dame Trifaldi faisait merveilles. La comtesse s'assit à la prière du duc , et après que tout le monde eut fait silence, elle comment ainsi son histoire, du même style il pw près qu'elle ^vait fait sa harangue : La reine Magonce, veuve du feu noble roi Archipiela, spn seigneur et mari, demeura âpres sa mort maîtresse du fameux royaume de Candaya ^ qui est situé entre la grandie Taprobane et
la mer du Sud , six mille lieiieâ au-niessus du cap de Comorin ; de ce mariage était issue l'infante Antonoinasie , qu'ils avaient ensemble procréée^ et laquelle demeura sous machatgé, comme étant la plus ancionne et la prelnière dame d'honneur de la reine Magonce, sa mère. Après bien des soleils, c'est ainsi qu'on compte le^ )ours en notre payS| la petite Antonoma^ie se trouva ayoîr quatorze aAs , et plus de beauté que la nature n'en a jamais départi à celles qu'elle a le plus gaaiîfiées; toute jeune iju'elle était, à cet âge-là elle ne laissait pas d'avoir le jugement mi^ ; elle était aussi discrète que belle, et la plus belle du monde, et l'est assurémient encore , si Ije destin jaloux et les parques au coeur dejbronze n^ont point coupé le fil délié de sa délicate vie ; ihais ils ne l'auront pas %it sans doute ,* les hauts cieux n'auront jsimais consenti qu'on fît ce tort insigne k la mère du g^nre humain , que de cquper les grappes toutes vertes de la plus belle vigne qui soit dans tout le contour de sa vaste étendue. De cette beauté nojmpareille, et dont ma lafngue grossière ne saurait jamais assez dignement célébrer le& louanges, devinrent anpoureux a% nombre infini de princes, tant du pays qu'étrangers ; et parmi tous ces grands seignemrs , un. simple chçvalier de la cour osa lever l^ye^x jusqu'au neuvième ciel de cette beauté , porté wSr les aiks rapides de son artibî-