‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 32 sur 248 · PARTIE II, LIV. Vn, CHAP. XXXVIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, LIV. Vn, CHAP. XXXVIII

tioD démemrée., fondé sur les agrémens de sa jeunesse et de sa galanterie^ et se confiant en sa gentillesse , sa bonne mine , la vivacité admirable de son esprit ; et tout enflé de ses désirs exorbitans il conçut et enfanta, des espérances té* méraires ; et sans mentir, je puis dire à vos exccl-* lences magnanimes que ce jeune chevalier avait des quêtes merveiUeases, et non-seulement ca-* pables d'émouvoir le ccEur d^une jeune fille, mais encore d'ébranler les montagnes : il ne jouait pas de la guitarre comme les autres hottimes, il la faisait parler en toutes langues ; il faisait des vers comme Dâsiosthine , et dansa&t comme Pythagore ; et en toqtes choses on eût dit qu'il enchantait les yeu9 et les oreilles. Cependant toutes ces habiletés n'auraient pas été battantes pour subjuguer la forteresse dont j'étais gouvernante, si ce cauteleux Ulysse, si ce perfide Sinon ne s'était avisé de me dresser à moi-même des emb^:hes, et à fos;ce de strat^èmea de me vaincre, la première : il commença,: le rusé vagabond,, par captiver no^a bienveillance ; et pw ses discours emmiellés , et sa rhétorique plus dangereuse que celle de Mercure , il me voulut peUuader de lui mettre entre les mains les clefs du trésor dont on m'avait rendue dépositaire : en un mot, il fit tant par ses paroles , à force de cajoleries qu'il me fit et d'affiquets (ju'il me donna , que jie ne

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pus résister davantage. Mais ce qui me fit le plutôt rendre , et à quoi il n'y eut pas moyen de résister , ce fut des quatrains qu'il vint chanter une nuit à ma fenêtre , dont en voici un , si je m'en souviens bien : ^

De l'éclat dea beaaz yeaz de la cruelle Amynte , Il sort des traits ardcns qui coosoment mon cœur; Et parmi tant de maux elle a tant de rigueur, Qu'il ne faut même pas qu'il m'échappe une plainte.

Ces vers me charmèrent , et sa voix m'enchanta si jfort que j'en perdis presque la raison , et depuis ce temps-là , toutes les fois <pie j'ai fait réflexion sur la faute que je fis , j'ai conclu en moimême que Platon avait raison de vouloir qu'on expulsât et bannît les poètes des républiques , tout au moins les poètes qui ne parlent que d'amour , parce qu'ils font des vers , non pas comme ceux du marquis de Mantoue, qui divertissent et font pleurer les petits enfans et les femmes , mais qui sont autant d'épines qui percent le cœur, et qui , tout de même que le tonnerre fond une épée sans gâter le fourreau , consument et déchirent l'âme sans toucher le corps. Une autre fois il me chanta encore ceux-ci :

O Mort ! viens promptement contenter mon envie ,

Mais viens sans te faire sentir, De peur que le plaisir que j'aurais à mourir

Fïe me rendit encore la viç.

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