‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 45 sur 248 · PARTIE n , UV. VII , CHAP. XLI · texte numérisé non relu

PARTIE n , UV. VII , CHAP. XLI

ne faut pas craindre de la perdre ; et puis , vous savez aussi bien que moi que les dignités de ce monde ne s'acqui^nt point sans quelque travail ; je TOUS prie donc ^ pour Tamour de moi , et en faveur du gouvernement que je vous donne^ d'accompagner le seigneur don Quichotte dans cette mémorable aventure ; et soit que vous reveniez aussi promptement que vous le promet la vitesse de Ghevillard, ou que la fortune contraire vous fasse retourner comme un pèlerin à pied , et mendiant de porte en porte , en quelque temps et à quelque heure que vous reveniez , vous re* trouverez toujours votre île' où vous Taurez lais-sce , et vos insulaires aussi prêts à vous recevoir' pour gouverneur qu'ils Font toujours été ; pour moi , je puis bien vous jurer que je n^ changerai pas de sentiment non plus , n'en doutez nulle* ment, seigneur Sanchoi car autrement ce serait mal reconnaître le dessein que j'ai de vqus servir. En voilà trop , monseigneur le duc , dit Sancho : je suis un pauvre écuyer qui n'a pas la force de supporter le fardeau de tant de courtoisies ; que mon maître monte, qu'on me bouche les yeux , et qu^on me recommande à Dieu et à ses saints; mais, monseigneur, je voudrais bien qu'on me ^t si, quand nous serons là haut, je ne puis pas bien moi-même me recommander à Notre Seigneur, et invoquer le secours des anges. Vous

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le pouvez en toute sûreté, dit la Trifaldi; quoique Malambrun soit enchanteur, il ne laisse pas d'être chrétien , et il fait tous ses enchanteméns en homme prudent, et qui ne veut pas s'attirer de reproches. Allons donc, dit Sancho^ et le bon Dieu nous assiste et la bonne Notre-Dame de Lorette ! Depuis la mémorable aventure des foulons, dit don Quichotte, je n'ai jamais vu Sancho plus effrayé qu'il l'est à cette heure ; et si je m'arrêtais aux présages^ comme beaucoup d'autres , je ne sais si je n'aurais point moi-même quelque peur de le voir si alarmé. Mais approche-toi , Sancho , que je te dise deux mots , avec la permission de leurs excellences.

En disant cela , il le mena d'un autre côté du jardin^ entre de grands arbres, et lui prenant les mains : Tu vois bien , ami Santho , lui dît> il^ le long voyage que nous avons à faire , et qu'il n'y a que Dieu qui sache quand nous en pourrons revenir , et les affaires que nous y trouverons; je voudrais donc, mon enfant, que sous le prétexte d'aller prendre quelque chose dont tu as besoin , tu te retirasses dans ta chambre , et que tu te donnasses vite quatre ou cinq*cents coups de fouet , sur et tant moins des trois mille six cents à qubi tu es obligé ; ce sera toujours autant de fait , et une chose bien commencée est à demi-achevée. En voilà d'un autre ! Fépondit

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