PARTIE II, LIV. VII, OHAP. XLI
Sancho , sans être aussitôt embrases ; et pui^ue nous voilà, ou il faut que Sancho mente, du il faut qu'il rêve. Jj ne ments , ni ne rêve , repartit Sancho : qu'ainsi ne soit , qu'on me demande ce qu'on voudra de ces chèvres , et on verra si je me trompe. Dites-le vous-même , Sancho , dit la duchesse , sans qu'on vous interroge. Il y en a deux vertes , répondit Sancho , deux incarnates, deux bleues , et l'autre est mêlée. Voilà une manière de chèvres bien nouvelle , dit le duc , nous n'en avons point de semblables sur la terre. Y at-il de quoi s'étonner, repartit Sancho , qu'il y ait de la différence entre les chèvres de la terre et celles du ciel ? Dites-moi un peu , ami Sancho , demanda le duc , ne vîtes-vous aucun bouc • parmi ces chèvres ? Non , monseigneur, répondit Sancho ; j'ai aussi ouï dire que ni bouc ni bélier ne passent les cornes de la lune. On n'en voulut pas demander davantage à Sancho ; et on vit bien , de la manière qu'il s'y prenait , qu'il était d'humeur à passer par tous les cieux , et à raconter tout ce qui s'y fait.
Enfin voilà l'aventure mémorable delà dame Doloride , qui divertit fort le duc et le reste des spectateurs^ et leur a donné à rire tout le temps de leur vi^ et à Sancho de quoi raconter tant qu'il a vécu. Ils sortirent tous du jardin pour rentrer dans la maison , et pendant le chemin
don Quichotte dit à Sancho à Toreille : Sancho, puisque vous voulez qu'on croie ce que vous dites que vous avez^ vu au ciel ^ je prétends aussi que vous croyiez ce que je vis dans la caverne de Montesinos , et je ne vous en dis pas davan* tage.