‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 69 sur 248 · PARTIE II, LIV. VII, CHAP. XLIV. l3l · texte numérisé non relu

PARTIE II, LIV. VII, CHAP. XLIV. l3l

ne me prennent pour une créature légère et indiscrète; mais il faut te contenter, et il vaut mieux qu'il m'en coûte un peu de honte, et que je cherche du i^mède à mes peines. £n disant cela , elle prit un luth, et le toucha admirablement. Don Quichotte fut ravi de ce qu'il venait d'entendre , se représentant au métne moment tout ce qu'il avait lu d'avçntures semblables dans ses extravagans Uvres^ et il ne manqua pas de s'imaginer que c'était quelque demoiselle de la duchesse qui était devenue amoureuse de lui , et que l'honnêteté empêchait de découvrir sa passiouy Et comme il craignit qu'il y eût du péril pour sa fidélité , il se prépara à résister de toute sa force , en se recommandant à sa dame Dulcinée ; après cela , il ne craignit plus d'entendre tout ce qu'on pouvait chanter , et il fit semblant d'éternuer pour faire connaître qu'il était à la fenêtre. Les dames , qui ne demandaient pas mieux, en eurenjt bien de la joie; Altisidore ayant accordé son luth , chanta cette romance :

Toi qai dors da soir au matin , Dans ton Ut à jambe étendue , Pendant que pleine de chagrin Je fais ici le pied de grue !

Chevalier le plus glorieux

A qui la Manche ait donné vie ,

Et qui m'e«t bien plus précieux Que le baume et l'or d'Arabie !

Écoute le deuil ennuyeui D'une triste et dolente dame , A qui le feu de tes beaux yçnx A consumé le corps et VStine»

Pendant que par monts et par vaux Tu cours après les aventures , Tu nous Tiens faire mille maux Sans vouloir guérir nos blessures.

Dis-moi , courage de lion , Quel monstre t'a donné la vie?

Es-tu né sous le Scorpion Et dans les déserts de Lybie ?

Une ourse t'a-t-elle enfanté?

Quelque dragon fut-il ton père ?

Un serpent t'a-t-il allaité, Ou le sein de quelque panthère 7

Dulcinée , comment fis-tu Pour vaincre ce tigre sauvage ?

Si j'avais pareille vertu, Je ne voudrais rien davantage.

Tu peux bien te vanter partout D'une si fameuse conquête :.

Jamais chasseur ne vint à bout D'une plus dangereuse bête.

Si tu voulais troquer ton sort , Je te donnerais en échange

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