PARTIE II, LIV. VII, CHAP. XLÏV., l
Ma hongreline , dont le bord Est tout chargé d'or et de frange.
Aimable et gentil jouvenceau , Que je me troayerais heureuse De baiser la douillette peau De ta main velue et nerveuse f
Mon cœur, tu fais bien du chemin !
Arrête un désir téméraire :
Grois-tu qu'un morceau si divin Ait été formé pour te plaire f
Si tu voulais , mon Adonis , Avoir pitié de ta captive , J'ai mille choses de grand prix , Que je te donne morte ou vive.
Oh , que de chapeaux de castor, De manteaux d'écarlatc fine , Que de points , de perles et d'or.
Relèveront ta bonne mine 1
Tu seras Antoine pour moi , Et je serai ta Gléopâtre ; Je faimeral comme un vrai roi , Et serai toujours idolâtre.
Ne regarde point mon tourment Gomme Néron vit brûler Rome :
Il n'avait point de sentiment , Et tu dois être, un honnêtt homme.
J'ai bien de quoi faire pitié :
Je suis jeune , amoureuse et belle ,
l34 DON QUICHOTTE.
>Et ce n'est là tfvte la moitié ; Sar mon bonDenr je «uis pubelle.
Je suis auMi droite qu'un jonc , Et plus vermeille que l'aufore»
Mes cheveux d'une aune de loqg »
Sont d'argent i, et plu4 beafi?^ encore.
Mes yeux ressemblent du corail , Ainsi que de l'acur ma bouche « Et mes dents sont d'un pur émail , Où l'on a mis d'ambre une couche.
Si ton oreille entend ma voix , Il ne faut point que je te die Que je chante mieux mille fois Que les rossignob d'Arcadie.
Le ciel m'a fait mille autres dons , Que je tais, peur d'être importune ; Mais si tu veux , je t'en réponds , Altisidore est ta fbrtune.
L'amoureuse Altisidore finit là sa chanson ; et l'indifférent don Quichotte , après avoir fait \tn profond soupir 9 dit içq iui-inéme : Pourquoi faut-il que je sois si malheureux , que je n'ose regarder une femme sans lui donner de Tamour? et toi , incomparable et infortunée Dulcinée du Toboso , qu'as^tu fait au ciel, qu'il ne puisse te laisser jouir en paix de ma cotHstance et de ma fidélité ?» pourquoi la persécutez - vous , reines , princesses? que ne la laissez -vous en repos!