PARTIE II, LIV. Vil, CHAP. XLV. l4l
qu^oui jusqa^à ce que nous conTÎnmes que je lui en ferais cinq; et à cette heure que la besogne est faite , et que je demande la façon , lui-même me demande que je lui paie son drap , ou que je le lui rende. Tout cela est-il ainsi , bon homme ? demanda Sancho. Oui , monseigneur , répondit le paysan , mais ordonnez , je vous prie , qu'il vous montre les capuchons qu'il m^a faits. Oh , de bon cœur , repartit le tailleur. II tira aussitôt la main qu'il avait cachée dessous son manteau , et fit voir cinq petits capuchons au bout des cinq doigts 9 en disant : Yoici les capuchons que le bon homme m'a demandés, et sur mon Dieu et sur ma conscience , si je n'y ai employé toute l'étoffe , et qu'on le fasse voir aux experts! Tout le monde se prit à rire de voir ce nombre de capuchons, aussi bien que de la nouveauté du procès. Pour Sancho, il fut quelque temps à rêver, et il dit ensuite : Il me semble que ce procès-là ne mérite pas qu'on l'examine longtemps , et il n'y faut pas tant de façon : j'ordonne donc que le paysan perdra son drap , et le tailleur sa façon , et que les capuchons seront livrés aux prisonniers ; et qu'on ne me réplique pas davantage! Tous les assistans rirent de la sentence, et elle fut exécutée.
Après cela parurent deux vieillards, dont l'un avait une grosse canne à la main , sur laquelle
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il s'appuyait , et l'autre dit à Sancho : Monseigneur, il y a quelque temps que je prêtai dix écus d'or à, cet homme, en son besoin, à condition qu'il me les rendrait à ma première réquisition ; il s'est passé plusieurs jours sans que je les aie demandés pour ne les pas embarrasser; mais comme >'ai tu qu'il ne songeait point à me payer , je lui ai demandé mon argent plusieurs fois, et non seulement il ne me paye pas, mais il nie la dette , et dit que je ne lui ai rien prête , ou que si je l'ai fait iï me l'a rendu ; mais je n'ai point de témoins du prêt , et il n'en a point du paiement, et je vous prie, monseigneur de le faire jurer , je l'en croirai à son serment ; et s'il jure , je les lui donne de bon cœur dès à présent et devant Dieu. Que répondez- vous à cela, bon homme ? dit Sancho. Monseigneur, répondit le vieillard , je confesse qu'il m'a prêté les dix écus d'or, et puisqu'il s'en rapporte à mon serment, je suis prêt à jurer que je les lui ai bien et loyalement rendus. Le gouverneur lui ordonna de lever la main , et le vieillard donna sa canne à l'autre , comme s'il en eût été enU>arrassé , mit la main sur la croix, comme c'est la coutume d'Espagne , et dit : J'avoue que j'ai reçu \es dix écus d'or, mais je jure que je les ai remis entre les mains de ce bon homme, çt c'est parce qu'il ne s'en souvient pas qu'il me les redemande de