PARTIE II, LIY. YII. GHAP. XLYI. l5l
tendait que cela , revint à elle , et dit à sa compagne : Il ne faudra pas manquer, ma sœur, de donner k don Quichotte le luth qu'il demande: il Teut sans doute nous donner la musique , et Dieu sait si elle sera bonne l en même temps elles allèrent dire à la duchesse ce qui venait d'arriver , laquelle , ravie d'avoir occasion de se bien divertir, concerta sur-le-champ avec le duc une plaisanterie pour rire aux dépens de leur hôte. En attendant la nuit ils s'entretinrent avec lui , et se trouvèrent admirablement bien de sa conversation ; et ils envoyèrent le lïiéme jour un page à Thérèse Pança , pour lui porter la letti-e de son mari, avec un paquet dç hardes qu'il avait laissé pour elle , lui ordonnant de prendre bien garde à tout ce qui se passerait , pour leur en faire un fidèle rapport.
Sur les onze heures du soir , 4oii Quichotte , se retirant dans sa chambre , trouva une viole sur sa table : il l'accorda , et ouvrit la fenêtre , et s'apercevant qu'il y avait quelqu'un dans le jardin , il chanta d'une voix un peu enrouée , mais assez juste et 'méthodique , la chanson qui suit , et qu'il avait composée le jour même.
L'amonr est toujours dangereux
Pour uue créature oisÎTe ; Il Tient bientôt à t|out d'un esprit paresseux , £t c'est Ui qu'il allume une flamme plus vive.
Mais qaand on e«t dèt le matin
Et toat le jour bien occnpée y Il rôde Toinement , et §e retire enfin ^ Trouyant de tpos côtés la place aans entrée..
Celle que l'on voit aapirer
Aux sacrés nosods da aa*riage , poit de l'honnêteté sans cesse se purer. C'est tout son ornement , et c'est son appanage.
Jamais les cheTfliers errans N'ont fait aucmi cas des coquettes , Et non plus qu'-euz les sages coortisans Ne veulent épouser q^e dçs filles discrètes.
Il est certain amour marchand Qu'on achète an prix de la bourse > Mais à peine est-il né qu'on le voit au couchant y ' Il Ta sur un penchant , et finit tôt sa course.
L'amour que le hasard produit
Aussi légèrement s'efface ; Un instant le fait naître , un antre le détruit , Et le cœur en conserre à peine quelque tracç.
Qu'on fasse un trait dessus un trait ,
Il sera presque imperceptible ; Et comme un seul yisage est peint dans un portrait, Un cœur plein d'un objet à d'autre est insensible.
Dulcinée dans mon esprit
Est si profondément gravée , Et mon cœur à tel point l'estime et la chérit , Qu'on De saurait jamais en arracher l'idée.