‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 87 sur 248 · PARTIE II, LIV. VU, CHAP. XLVII · texte numérisé non relu

PARTIE II, LIV. VU, CHAP. XLVII

Je voudrais , s'il vous plaît , monseigneur, si c'est votre plaisir et bonne. volonté , que votre eiiçellence me donnât une lettre pour le père de ma bru , où vous le supplieriez de trouver bon qu'on achève ce mariage , puisque nous sommes aussi riches l'un que l'autre , et que nos enfans n'ont rien à se reprocher; car, pour ne vous rien cacher , monsieur le gouverneur , mon fils est démoniaque , et encore hier le malin esprit le tourmenta par trois ou quatre fois, à dire d'où venez-vous ; et pour avoir tombé dans le feu , il a le visage tout retiré , comme si c'était un morceau de parchemin brûlé, et les yeux qui lui pleurent ni plus ni moins que s'il avait une source dans la tête ; avec tout cela il est du meilleur naturel du monde; et n'était qu'il se vautre par terre, et qu'il se déchire lui-même à force de coups , ce serait un ange.

Souhaitez-vous autre chose , bon homme ? demanda SanchOi Oui., monseigneur, j'aurais bien encore quelque chose à demander, répliqua le paysan , mais je n'ose le dire de peur de vous déplaire ; mais vaille que vaille , puisque je l'ai sur le cœur, si faut-il que je m'en décharge : je voudrais donc bien, moi!iSeigneur, que vous eussiez la bonté de me donner cinq ou six cents écps pour le n^ariage de mon bachelier, et pout lui aider à se mettre en ménage, j'entends pour

se meubler, parce qp'eitfin il faut qu'ils vivent chez eux sans dépendre Tun ni l'autre de la fantaisie d'un beau-père« Voyez si vous avez autre chose à demander, dit Sancbo , ne craignez point, et que honte ne vous fasse pas dommage. Nenni, monseigneur , je n'ai pluB rien à deman-* der , répondit le laboureur. Il n*eût pas achevé la parole , que le gouverneur se leva brusque* ment , et prenant la chaise sur laquelle il était assis : Je jure Dieu , dit-il tout en furie , double veillaqué , malotru de paysan , que si tu ne sors tout-à-l'heure de ma présence, je te casse la tête! voyez un peu ce bélître , ce peintre de Belzébuth , qui me vient demander effrontément six cents écus, comme il demanderait six blancs; et où veux-tu que }e les prenne , dis , lourdaud ? et quand je les aurais , pourquoi te les donnerais-je , double étourdi ? vraiment , je me soucie bien que tu sois de Miguel-Turra , ou d'ailleurs , ni qu'il y ait des Perlerins au monde ! hors d'ici ! encore une fois, et ne sois jamais assez hardi pour t'y présenter, ou je jure par la vie du duc, mon seigneur , que je te casserai bras et jambes. Tu n'es point de Miguel-Turra , mais quelque narquois que l'enfer envoie ici pour me tenter ; il n'y a pas vingt-quatre heures que je suis ici gouverneur , et tu veux que j'aie six cents écus à te donner ! mort de ma vie ! il me prend fantaisie

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de te sauter les deux pieds sur le ventre , et de t'arraçher les entrailles.

Le maître -d'hôtel fit signe ail laboureur de se retirer , et il s'en alla la tête basse , faisant semblant d'ayoir grand'peur que le gouverneur n*exécutât ses menaces, car le compagnon jouait admirablement son rôle.* Sanchp eut bien de la peine à s*apaiser des discours du laboureur et de son impertinente amande. Mais laissons-lui ron? ger son Irein , et retournons à don Quichotte , que nous avons laissé couvert d'emplâtres, et en si mauvais état, qu'il fut pins de huit jours à guérir. Pendant ce temps-là il lui aïriva ce que nous allons voir dans le chapitre suivant , car Beïiengeli n'a pa$ voulu le raconter en celuinri.

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