‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 11 sur 216 · PARTIE III, LIV, I, CH\P. IV. a · texte numérisé non relu

PARTIE III, LIV, I, CH\P. IV. a

turc j ni de tous les rois du Pérou , quand ils me donneraient cent ducats de retour : je sais mon Pater ^ mon Credo, et je n'en veux point savoir davantage, car on dit que les plus savans ne sont pas les meilleurs. Pour ce qui est de mourir pour la foi, et pour mon pays, pour mon roi, pour ma dame , je tiens qu'il vaut encore mieux vivre pour eux, parce qu'on est en état de leur rendre service, et quand on est mort, tout est mort : et comme on dit d'ordinaire, que le vivant coure au pain , et le mort à la sépulture. Et par ma foi, si j'étais mort dès notre première course , dont Dieu me sauve et me garde , ma dame ; je veux direlliérèse, car je n'en ai encore point d'autre, que je sache , n*aurait pas attrapé de bons écus d'or , qui lui ont aidé à remplir sa cruche , pour vous montrer qu'il n'est rien tel que de vivre. Pour ce qui est de secourir les malheureux, je tirai encore hier l'âne de Tocho d'une mare où. il pensa se noyer; et sans moi, la veuve du meunier serait tombée mercredi sous la roue du moulin. Quoique ce ne soit pas grand'chose que d'une femme et d'un âne , ce sont toujours deux créatures; et si c'avait aussi bien été un cheval et un homme , j'en aurais autant fait. Je n'ai jamais servi de bouclier aux grphelins, car je ne sais ce que c'est ; mais $ans reproche , j'ai pris chea nous le fils de défunt frère de ma femme ,

qui est demeuré sans père ni mère , depuis qu'ils sont morts, et toujours pèche qui en prend un. Pour ce qui est d'être le rempart des filles, je l'entends , çt je voudrais être aussi bien assuré de mon fait dans tout le reste. Il y, a environ douze jours que j'empêchai le gros Bernard, le maçon , de tourmenter la fille d\i tonnelier ^ la pauvre créature était déjà bien fatiguée; avec tout-cela, elle m'a toujours fait la jxiinie depuis, je ne sais pas pourquoi , car sans moi l'affaire allait bien loin. Quant au boire et au manger, il ne faut pas me le reprocher, je ne fais pas toujours bonne chère, c'est selon que je me trouve; et quand j'en ai ma suffisance , je me repose; et si vos chevaliers, qui sont si spbrçs, en voulaient dire la vérité, ils aimeraient autant trouvcir un bon coq d'Inde^ que des noix ou dçs oignons ; ma foi, monsieur, nous sonmnies sur cela les uns comme les autres, nous prenons ce que nous trouvons, et je dis comme pux, ou eux comme moi. Dieu nous garde de pis, et nous donne^ mieux ; enfin , pour la fatigue je m'y suis accoutumé de reste , tant que nous avons été chercher le3 aventures ; iet vous vous souvenez bien que nous ne les avons pas trouvées faites au moule; pour ce qui est d'être vaillant et libéral. Dieu y remédie; ni l'un ni l'autre ne dépendent de moi : qu'on me fasse riche, je serai libéral, et

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