‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 114 sur 216 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

La pliu périlleaie aventure de don Quichotte , et la plus heoteose et glorieuse pour lui.

Nos aventuriers marchèrent un quart de lieue sans se rien dire, mais Sancho faisant un étrange soliloque ; de temps en temps il criait comme un homme qui se sent tout brisé, et au moindre faux pas de sa jument : Mort non de la chienne d'Écho, disait-il, j'avais si bien dit que je n'aurais jamais rien à démêler avec les femmes! Haie, reprenait-il, selon les secousses, tu as voulu t' enrôler, pauvre sot , il faut faire la campagne ; le vin est tiré, il faut le boire ; il faut le payer, qui est pis; bon ou mauvais. Qu'est-ce qu^ilya?

demanda don Quichotte. Rien, monsieur, rien, repartit* Sancho, je parle à ma jument. Ne me crois-tu point capable de t'entretenir, dit don Quichotte, que tu aimes mieux parler à une béte ? Je lui faisais une leçon, répondit Sancho, et elle en a besoin. Il me semble, dit don Quichotte , que tu as l'air chagrin ? C'est que le temps se couvre , répondit Sancho , et il n'y a que le soleil qui me réjouisse. Patience, dit don Quichotte, nous verrons combien cela durera;

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et cela d'un ton à donner à penser à Sancho; Dites-moi, je vous prie, chevalier, continuat-il, avez-vous lu beaucoup de livres de chevaliers errans, et savez-vous leurs manières? Je n'en ai pas beaucoup lu, monsieur, repondit Sancho. Avez -vous pris garde, dit don Quichotte , qu'ils ne vont pas toujours de compagnie, et que chacun va de son côte à ses aventures; que douze des chevaliers de la Table- Ronde étant partis ensemble pour aller en quête de Lancelot du Lac , ils se séparèrent tous les uns des autres, avec serment de ne revenir d'un an, à moins qu'ils n'en eussent des nouvelles ? Si je ne l'ai pas lu , répondit Sancho , je le sais à cette heure. Bon, dit don Quichotte. Je vous dis donc aussi, ajoùta-t-il, qu'on ne saurait se tromper en imitant de pareils modèles , et que je trouve à propos de m'en aller de mon côté et vous du vôtre, et la bonne^ou mauvaise fortune nous rejoindra, quand elle pourra. En disant cela , il observait Sancho pour voir sa contenance. Mais lui sans s'étonner, et sûr de son fait, demanda aussi à son maître s'ils exécutaient tout ce qu'ils disaient dans leurs sermens. Belle demande! répondit don Quichotte; oui, quand ils tie l'auraient pas juré. Ils étaient donc gens de parole ? dit Sâacho. On le croit ainsi, répondit don Quichotte. Et si cela est, monsieur, dit T. V. i5

Sancho , comment pouTons-nous nous séparer après nous être donné parole de ne nous quitter d'un an? Don Quichotte pensa quelque temps, et Sancho continua : Qu'en dites - vous déonc, monsieur^ est-^re que les chevaliers d'autrefois étaient plus gens de parole que les chevaliers de cette heure, ou que les chevaliers de cette heure ont des privilèges pour fausser la leur ? Don Quichotte était plus fâché qu'il ne disait de se voir confondu par l'argument de Sancho ; et il se serait repenti de lui en avoir tant appris , si ce n'est que la gloire lui en retournait. Hé bien, lui dit-il , comptez : combien y a-t-il que nous sommes résolus de partir? Il y a environ onze mois, plus ou moins, répondit Sancho. Nous avons donc encore un mois à demeurer ensemble? dit don Quichotte. Et entre vouloir et faire, n'y a-t-il point de différence, monsieur? Toute entière, répondit don Quichotte. S'il y a, dit Sancho, onze mois que nous sommes résolus de partir, il n'y a que quatre ou cinq jours que nous l'avons fait, et par conséquent comptez, s'il vous plaît, combien il reste de l'année ; car pour moi je ne sais point l'arrussemétique.

Don Quichotte allait répondre : mais il vit une épaisse fumée dans le chemin , et regardant Sancho, il lui dit : Je crois que voilà une aventure; vous avez eu la vôtre ce matin, c'est à moi d'en-

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