‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 115 sur 216 · PARTIE III, lilV. il, CHAP. XXlV* tl · texte numérisé non relu

PARTIE III, lilV. il, CHAP. XXlV* tl

treprendre celle-ci. La fumée est grande, répon-* dit Sancho, et l'aTenture sera peut-être assez grmide pour nous deux. Vous n'êtes pas en humeur pour les aventures, repartit don Quichotte, et à chaque jour suffit son mal ; mais en un mot voici la mienne , je l'adopte , et vous en serez témoin. Hé , monsieur, dit Sancho , voulez-vous entreprendre cette aventure sans savoir ce que c'est ? nous y avons déjà été si souvent attrapés, que je ne voudrais point m'y fier. Et moi je m'y fie , répliqua don Quichotte : il faut que ce soit là la terre del Fuelgo, continua-t-il après avoir un peu rêvé , celle que le grand Magellan a dé- . couverte de pos jours. Combien y a-t-il que nous sommes partis ? demanda-t-il. Cinq ou six jours, répondit Sancho. Ce n'est donc pas cela, repartit don Quichotte; n'avez -vous rien là pour prendre hauteur? Si fait, dit Sancho , voilà mes jarretières, elles ont bien mesuré d'autres choses; mais, mon msdtre, ajouta Sancho, voyez -vous bien la flamme qui s'élève avec la fumée ? cela m'a toute la mine d'être une des portes d'enfer; entendez-vous bien le sabbat qu'on y fait? et il y aura une centaine de diables qui ne vous mai> chanderont pas. Et moi, crois^tu que je les marchanderai ? dit don Quichotte ; je les attaquerai, fussent-ils cent mille; si tu n'en veux pas être, tiens-toi à l'écart, et si par hasard je péris, mon

cheval, mes armes, l'argent que je porte , tout est à toi ; adieu, tu vas voir si je sais jouer des bras, et tu jugeras toi-^méme si je suis digne d'avoir un chevalier errant pour écuyer. J'en suis, j'en suis, mort non diable, s'écria Sancho ; m(Hi maître ne périra point sans moi ; allons, meurent les traîtres! adieu Thérèse, adieu mon fils, adieu Sanchina ; tenez-vous gaillards, mes affaires sont bien avancées.

Ils avançaient toujours chemin, et entendaient un bruit terrible; et quand ils furent assez proches , ils virent quantité de gens enfumés dans un perpétuel mouvement , qui , séparés par diverses troupes, traînaient les uns de terribles poids de métal , les autres donnaient alternativement de grands coups sur de gros morceaux de même matière ^ et faisaient rejaillir de tous côtés mille étincelles de flammes ; un peu plus loin on voyait un torrent qui se précipitait d'une montagne, et faisait un canal, dont les bords noirs et stériles étaient dépouillés d'arbres et d'herbes, et tout cela ensemble avait un air épouvantable. Le canal ressemblait au Cocyte, et le reste, avec quantité de fournaises enflammées, paraisvsait un raccourci de ces tristes et effroyables lieux où la colère du ciel exerce sa vengeance.

C'est ainsi que don Quichotte en parlait à lui-

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