‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 116 sur 216 · PARTIE m, LIV. II, CHAP. XXIV · texte numérisé non relu

PARTIE m, LIV. II, CHAP. XXIV

niême ; mais y trouvant encore plus de matière à signaler son courage , bien loin de s'eo effrayer : Sancho, dit-il, cette aventure m'attend ; je te prie en ami, et t'ordonne comme ton maître, de ne pas remuer de ta place ; si par hasard quelque démon, redoutant mon épée, s'échappe de ton côté, je te l'abandonne ; mais c'est à moi seul à cpii il est permis d'entrer là-dedans. Je le veux , répondit Sancho , puisque vous me l'ordonnez ; mais, mon cher maître, c'est folie que de tenter cette aventure; je gagerais bien ma tête , qui est le^gage d'un fou, qu'il n'y a la-dedansqu'enchanteurs et que diables : au moins ne vous y fourrez point sans dire ab^ remmtio. La précaution est bonne, dit don Quichotte, çt si j'avais bien fait j'aurais consulté la sibylle d'Erythrée. Eh bien, monsieur, attendez que nous l'ayonç consultée, repartit Sancho , et nous y reviendrons après. Non, non, dit don Quichotte, mon cœur me servira de guide, et Tépée que je poile me saurait bien faire jour en des lieux plus sombres; aditu, ami, embrassons-nous. Monsieur mon cher maître, dit Sancho, qui croyait que ce fût le dernier adieu, je ne vous embras-:serai point que vous ne me juriez, foi de chevalier , que vous rcA'iendrez ; et sur cela il se mit à pleurer tendrement. Va, va, répondit don Quichotte, tout est entre les mains de la forluue^

a3o DON QUICHOTTE,

elle me mène et me ramènera, elle en a. bien ramené d'autres.

Ils s'embrassèrent, et don Quichotte, ayant donné sa bénédiction au triste écuyer, commença à s'affermir sur les étriers, embrassa son écu, et, serrant sa lance, donna la visière baissée jusque dans l'entrée de cet affreux manoir. Le premier objet qui se présenta à sa valeur, ce fut trois dogues enchaînés ensemble qui en gardaient la porte, et qui s'élancèrent aussitôt contre lui; don Quichotte méprisa d'abord le Cerbère, comme indigne de ses coups; mais croyant faire un service d'importance à tout le monde , de rendre l'entrée des enfers libre , il les perça à coups de lance, et déiSa tous les démons ; il s'en vit dans l'instant uile douzaine sur les bras, et lui, redoublant de courage, les attaque, les pousse , les écarte , les met en fuite. Où allezvous, lâches? leur cria-t-il : arrêtez, brigands! j'ai tué votre garde, et vous n'avez pas le cœur de la venger. La plupart des démons, retranchés, lançaient de loin des marteaux, des tenailles, des barres de fer enflammées ; d'autres prenaient des charbons ardens dans leurs fourneaux, et les jetaient à pleines pelles sur notre héros ; mais il était intrépide : la bonne fortune lui servait de bouclier; et si Rossinante l'eût secondé, tout l'enfer était déconfit. Où es -tu

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