PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXIV
donc , Pluton ? demandait-il ; où te caches-tu , Minos? qu'es -tu devenu, Rhadamante? quoi!
un seul chevalier s'empare de votre domaine , et vous n'osez le défendre ! holà, canailles, dit-il à ceux qu'il attaquait, qu'on m'amène tout-àrheure Proserpine , c'est le seul moyen d'avoir la paix ; qu'on mette Ixion et Pf ométhée en liberté, et cette troupe infinie de malheureux qui gémissent dans les antres noirs, ou je jure par celle qui m'anime, que je taris le Styx et le Phlégéton, et que je ne sors point d'ici que je n'aie détroit non-seulement vos remparts de fond en comble, mais encore tout votre sombre royaume. Cependant il n'avait pas d'espace pour se servir de la lance , et lés ennemis s'en garantissaient en se tenant dans des lieux étroits, ou en montant jusqu'au toit, d'où ils faisaient pleuvoir sut lui tout ce qu'ils pouvaient attraper.
Le combat ayant duré plus d'une heure, enfin Rossinante commença, à s'effrayer de cet horrible tintamarre, et le feu qu'on ne cessait de jeter incessamment l'ayant tout couvert, il s'enfuît à toute bride , sans que don Quichotte le pût retenir ; il en fut mieux le maître quand il se trouva dehors , et , comme il se vit plus au large , il continua d'exciter les démons par les, plus piquantes iAjutes dont il put s'aviser, et les démons acharnés commencèrent aussi à repa-.
raître avec des fourches de fer et d'autres instrumens qu'ils avaient eu le loisir de ramasser ; ils viennent en troupe fondre sur notre héros ^ qui les attendait, et lui fond sur eux avec une fureur incroyable : il en pensa percer deux ou trois de sa lance \ mais ils esquivaient en s^ jetant par terre : il les bouleversa presque tous^ et, les croyant impénétrables de ce qu'il les voyait relever sans blessures , il se mit à songer de quelle manière il en pourrait venir à bout.
Pendant qu'il y pensait, Sancho, qui le croyait perdu, s'ajïprochait po\ir voir s'il n'en pouvait rien découvrir, et les démons qui le virent paraître armé, à cheval, et la lance a\i poing comme don Quichotte, s'imaginèrent qu'il y en pouvait avoir encore d'autres , et que c'était des troupes qui ypulaiçnt les enlever à cause d'un meurtre qu'ils avaient commis quelques jours auparavant : ils rentrèrent tous effrayés dans la forge, car c'en était une ^ et de là se jetant les uns dans l'eau, d'autres en des endroits impraticables, ils se cachèrent si bien que don Quichotte ne put les retrouver. Sancho aperçut ceux qui étaient 4ans l'eau, et qui traversaient de l'autre côté, et il dit à don Quichotte : Mon maître, les diables se noient; l'affaire est faite. Don Quichotte était dans une si grande fureur, qu'il fit trois ou quatre fois le tour de la forge, cherchant par-