‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 118 sur 216 · PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXIV · texte numérisé non relu

PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXIV

tout une entrée , car ils avaient barré la porte en s'enfuyant, et, apercevant un des forgerons qui se sauvait dans un petit bateau sur le canal : A moi, Caron, à moi, que je passe! c'est Tombre d'Achille ; je ne donne pas seulement un denier, je te donne dix pistoles. Le forgeron ne tourna pas seulement la tête, et don Quichotte de colère fit tout ce qu'il put pour passer à la nage, mais Rossinante refusa : il ne cessait de le talonner incessamment, il l'animait de la voix, lui faisant des caresses et des menaces , et il n'aurait pas quitté prise, sans qu'il passa un paysan à qui il demanda s'il n'avait point trouvé les démons de cet enfer en son chemin. Ce sont bien de vrais démons d'enfer, comme vous dites , monsieur, répondit le paysan : ils font tous les jours quelque meurtre ; mais ils sont bien loin, ils courent' toujours; j'en ai trouvé dix ou douze qui s'enfuient, et ils sont à cette heure au milieu de la forêt, où il n'y a que le diable qui les puisse trouver ; mai^^ vous n'étiez guère pour les prendi-e, vous n'avez là qu'un de vos camarades , et ils sont plus de trente , sans compter quantité de vauriens qui les viennent voir tous les jours. C'est assez, mon ami, dit don Quichotte , vous pouvez dire partout que le chevalier des Lions a détruit les démons et leur retraite ; et comme il vit qu'il n'y avait rien

davantage, il se retira ; et c'est de la sorte que finit une des grandes aventures qu'il ait jamais eues, où, sans avoir tue que trois chiens, il fit des prodiges de valeur, dignes de la plume d'un Homère ou d'un Virgile.

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