PARTIE III, UV. II, GHAP. XXV
descendue ; et à rentrée du grand chemin ils trouvèrent un jeune homme bien monte qui leur demanda si ce n'était pas là le chemin pour aller à tel endroit, qu'il nomma. Sancho r^ardait le cavalier, et croyait le connaître. Monsieur, lui dit-il, n'étes-vous point un des pages de madame la duchesse de.... ? Oui, inonsieur, dit le page, est-ce que vous connaissez son excellence? Oui, oui, nous nous connaissons bien , dit Sancho, il y a long-temps que je suis de ses amis, et j'ai raison de croire qu'elle est de mes amies. Hélas! monsieur, d\t le page, je vous demande pardon, vous êtes le seigneur Sancho Pança? et si cela est, il faut que ce soit là monseigneur don Quichotte de la Manche ? C'est nous-mêmes, dit Sancho , si nous n'avons été changés en nourrice. Le page descendit de cheval , et alla embrasser la botte de don Quichotte , sans vouloir jamais le laisser descendre , quelque effort qu'il fît. ]VIonseigneur, dit-il, quelle joie auront mesçeigneurs*, d'apprendrç; une si heureuse rencontre! héla«i, on avait dit que vous ne vouliez plus chercher les aventures, et cela les mettait au désespoir ; on disait même. pis. Et quoi? demanda Sancho.. Oh vraiment une chose bien étrange, répondit le page , je n'oserais le dire. Mais quoi donc ? dit don Quichotte : que j'étais en prison? Bien pis, répondit le page. Que nous avions .été T. V. 16
battus P dit Sancfao. Encore pis , dit le page. Et quoi donc , monsîeuir? reprit don Quichotte ; ce n'est pas que nous avions été bannis du royaume ? Beaucoup plus horrible que tout cela , répondit le page. Que nous avions été mordus d'un chien enragé? demanda Sancfao. Non, répondit-il. Estce, demanda don Quichotte, que nousnous étions fait mahométans? En vérité ,» monsieur, dit le page, cela est si honteux, que je n'oserais le dire en votre présence. Mardi, dit Sancho, que peutce donc être? ce n'est pas que nous avions pris la lutte avec les dents, que nous avions été fouettés par les rues , que les loups nous avaient mangés , ou que nous volions sur les grands chemins ? Nenni , monsieur, dit le page , Dieu vous en préserve! Dîtcs-nous, je vous prie , ce que c'est , dit don Quichotte : nous ne saurions deviner une chose si extraordinaire, et notts avons tant d'ennekhis de toutes les sorteis , que je m'assure qu'on fait de nous mille médisesices atroces. Vraiment, ce sont bien des médisances en effet, repartit le page , il n'y a rien qui n'y paraisse. Safit^o , qui s'impatientait, mourait d'envie de dire des injures au page. Et mardi, monsieur, dépêchez, lui dit41 ; nous avons du chemin à faire , et il se fait tard. Je vous l'aurais déjà dit, ioîonsxeur, sans que je crains de vous lâcher, répondit le page; mais madame , qui vous aime , et qvi con-