‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 131 sur 216 · PARTIE III, LIV, II, CHAP. XX\II. 3t6r · texte numérisé non relu

PARTIE III, LIV, II, CHAP. XX\II. 3t6r

beaucoup d'emportemens. Je souffris quelque temps, sans vouloir m'en plaindre; mais contrainte par un homme qui m'obsédait, et rebutée de ses extravagances, je résolus de prier ma mère d*y apporter du remède. Je ne laissai pas de tenter auparavant d'en venir à bout -de moimême, afin d'éviter un éclat qui aurait pu retomber sur moi ; mais Octave était trop violent pour prendre des sentimens raisonnables : je suppliai ma mère de rompre le cours de ses visites, ou de me mettre dans un couvent, dont une de mes tantes est abbesse : ma mère trouva plus à propos d'aller à une de ses terres; et, sans rien dire à personne, nous partîmes, laissant ordre à ceux qui demeuraient de dire que nous reviendrions dans quelques jours. Je n'eus là que trois jours de relâche ; ma mauvaise fortune me suscita un autre persécuteup, et d'autant plus à craindre , qu'avec un air plus modeste , sa wcherche était appuyée d'un bien plus considérable : c'était don Pèdre,^cadet de Valerio et d'Octave, qui, outre le partage de sa maison, avait eu cent mille ducats d'un de ses parens, dont il avait acheté une terre à dfeux lieues de 1^ nôtre. Don Pèdre paraît plus doux qu'Octave, mais il n'est pas mçins dangereux; et comme il est plus insinuant, il s'empara d'abord de l'esprit de ma mère, à qui il rendait mille respects

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et tant de petits services» qu'elle ne pouvait presque se passer de lui : il fit quantité de parties de plaisir, où ma mère et moi étions toujours invitées; et j'avoue qu'il s'y prenait de si bonne grâce que, quoique je n'eusse nulle inclination pour lui, je me trouvais pourtant capable de quelque complaisance^ Ma mère se servit de cette occasion pour me dire du bien de don Pèdre; et après m'avoir entretenue de son mérite, 4e son bien, et de l'air dont il faisait toutes choses", elle ajouta qu'il lui avait témoigné beaucoup d'inclination pourvoi, et que, dans l'état de nos affaires, Talliance ne lui déplaisait pas. Je trouvai d^abord fort étrange que don Pèdre songeât à m'obtenir de ma mère, plutôt que de moi-même; j'étais jeune, et je regardais ce procédé coipme un artifice qui m'offensait ; en un mot, il ne s'en fallut guère que tout ce que je sentais auparavant de compkdsance ne se tournât en dégoàt : je ne laissai pas de répondre à ma mère que je n'avais noint de volon^, mais* que la chose était si importante, que je ne croyais pas qu'on pût prendre de résolution sans en parler à mon père. Elle repartit que c'était bien son desseirf, et qu'elle lui en allait écrire : je la conjurai de ne se pas presser efucore, et de trouver bon que , n'ayant jamais pense à pareille chose, j'eiEaminasse ce qu'elle m'offrait, avant

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