‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 132 sur 216 · PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXVII · texte numérisé non relu

PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXVII

que de m'y engager. Ma mère ne laissa pas d'écrire, me disant que je pouvais m'en rapporter à elle, et qu'elle ne pensait qu'à mes intérêts.

Dix ou douze jours s'étaient déjà passés, sans que j'entendisse parler d'Octave, et je m'en croyais défaite; mais ayant découvert oùrj'étais, il m'y suivit sous le prétexte de venir voir son frère, avec qui il ne vivait pourtant pas en bonne intelligence, jaloux de ce qu'on le lui avait préféré par la donation des cent mille ducats. Il me vint voir avec son frère, et ses persécutions recommencèrent aussitôt, mais avec tant de violence, que pour m'en délivrer je fus sur le poiiK d'écouter les propositions de don Pèdre. Il arriva heureusement pour moi, en ce temp&-là, que ma mère reçut une lettre de mon père, par laqueUe il lui mandait qu'il avait trou^ vé un Iprti pour moi dont elle serait contente, et qui ne me déplairait pas non plus ; que dans la fin de la campagne il viendrait pour faire le mariage, et qu'elle m'y disposât. Cela ne plut pas t¥Op à ma mcy-e, qui avait toujours la même inclination pour don Pèdre; mais la déférence qu'elllft avait pour son mari,* et l'espérance de lui faire .|:hanger de sentiment, lui fit prendre le parti d'entretenir don Pèdre jusqu'au retour du marquis de Bedemar, à qui elle fit réponse qu'il était le maître, mais (ju'elle le suppliait de

ne s'engager pas si fortement qu'il ne. pût s*en dédire au cas qu'on trouvât mieux.

Les recherches d'Octave et de don Pèdrc n'étaient pas si sçcrètes qu'on ne s'en aperçût, ou qu'on ne crût deviner; et parmi les dames 4^ voisinage qui nous venaient voir, Gabriellc de Gonsalve, qui était fort de mes amies, me vint dire un jour en confidence, qu'elle croirait faire tort à notre amitié si elle manquait de me donner un avis important, et dont je pourrais profiter, s'il était vrai, conune on le pensait, que ces deux frères eussent dessein sur moi : elle me dit qu'Octave était l'homme du monde le plus emporté, un brutal, un furieux, indigne de sa naissance , et qui n'avait pas assez de bien pour être un bon parJ;if que don Pèdre av^it vipgtcinq mille livres de rente, qu'il était plus doux et plus honnête en apparence , mais qu^ c'était un esprit caché dont il fallait toujours se défier; que d'ailleurs c'était un homme perdu de débauches, et qu'il entretenait secrètement deux femmes qui avaient tout pouvçir sur lui, et que, quand je voudrais, elle me confirmerait tout ce qu'elle venait de dire« Je lui fis mille remercîmens ; et m'en fiant à elle, je lui rendis confidence pour confidence, en lui disaoj; tout ce qui s'était passé, et que je n'avais jamais eu le moindre penchant ni pour l'un ni pour l'autre, qu'au-

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