PARTIE III, Liy. II, CHAP. XXVII
tant que Thumeur farouche d'Octave et lessentimens de ma mère me faisaient trouver don Pcdre plus supportable. Cependant les deux frères commencèrent à s'apercevoir qu'ils avaient les mêmes desseins ; cela redoubla leur mai^vaise intelligence , et m'attira en particulier de nouvelles persécutions de la part d'Octave, et presque sans ménagement; et du côté de don Pèdre, des persécutions plus secrètes dont je n'étais pas moins fatiguée , parce que ma mère , qui était fortement ^ns ses intérêts, ne me donnait ni repos ni patience. J'écrivis à mon père que je lui étais sensiblement obligée de ce que l'absence et ses grandes occupations ne l'empêchaient point de veiller incessamment p<mr nos intérêts, et qu!il me trouverait toujours disposée à suivre aveuglémentses sentimens; ajoutant que, pendant qu'il pensait à moi de si loin, son mérite et sa réputation faisaient le même effet dans la province, et que j'-avais des amans de reste, mais que je les sacrifierais sans scrupule au choix qu'il avait fait, et que je lé suppliais même d'avoir la bonté de m'en délivrer adroitement, de crainte d'éclat, parce que j'avais tout d'un coup à combattre un homme violent et un autre plein d'artifices.
Je priai aussi Gabrielle de Gonsalve de prendre son temps pour faire à ma mère la même
confidence qu'elle m'avait faite : elle a beaucoup d'esprit, et, malgré Tinclination de ma mère pour don Pèdre, si elle ne la fit pas changer de sentiment, au moins cela la rendit plus réseryëe.JËUe s'informa secrètement, et dëcottvrît que ce qu'on lui avait dit était vrai; et cela joint à une lettre de mon père, qu'il lui écrivit sur ce que je lui avais mandé, elle résolut d'aller à Madrid, sous prétexte d'un ordre de son mari, mais en effet parce qu'ellerse trouvait fort embarrai»sée d'avoir tro{|.flatté la passion de don Pèdre ; mais il arriva bien des choses qui l'iempéchèrent de partir, et cela donna lieu à Octave et à don Pèdre de continuer leurs poursiiites. Ils se cachaient autant qu'ils pouvaient l'un de Tautre, s' observant seulement avec adresse : Octave se servant des plus indigneIK voies dmrt il pouvait s'aviser, et tâchant à force d'argent de suborner tous les gens de la maison; et don Pèdre, abusant de la confiance de ma mère, à qui il convmençait de parler avec autorité, et qui ne savait commeitt s'en défaire, ajprès l'avoir si longt^n^pS entiiet^u de p^Srales. Pour moi, comme je tâchais de les é^ter sous Ts^p^rence de quelque incommodité , ils ne me voyaient presque plus qu'à l'église , où je ne souffrais point qu'ils me parlassent ; et il y avaii toujours si bonne compagnie dans ma chambre, qu'ils n'avaient