‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 134 sur 216 · PARTIE III, UW. II, CHAP. XXVII · texte numérisé non relu

PARTIE III, UW. II, CHAP. XXVII

pas non plos la liberté de le faire. Mais rien ne les rebutait, ni le mauvais visage que je leur faisais, ni les difficultés qu'ils trouvaient à me parler, et je ne laissais pas d'en être toujours obsédée : enfin ils se mirent tous deux en tête , Octave , que je voyais peut-être don Pèdre en secret, et don Pèdre, que je pouvais avoir quelque intelligence particulière avec Octave. Ainsi jaloux l'un de l'autre, ils se firent quelque temps obstacle, s'appliquant à examiner leurs démarches, et cela me donna quelque repos, mais sans espérance de m'en voir délivrée qu'au retour de mon père. Il n'y a point de souplesse dont ils ne s'avisassent pour savoir mes intentions. Octave,* que sa passion rendait libéral audessus de ses forces, aur^t répandu l'argent à pleines mains parmi nos-Momestiques, s'ils eussent vouli»le servir; mais ils rejetaient ses offres, et me venaient avertir de toutes les propositions qu'il leur faisait : il avait pourtant quelque intelligence qu'on ne p#uvait découvrir, car il ne se passait rien dont if ne fût informé, et, emporté cpmme il, était, il ne pmiyait s'fempêcher de le faiite connaître. Je ne doute point maintenant que ce ne fût ce mifl^rable qu'on tient à la chaîne, qu'il trouva plus facile à corrompre que les aiitrês , puisqu'il a été assez méchant pour s^engager à le servir dans la plus noire perfidie

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qu'on ait jamais vue. Don Pèdre , plus adroit qu'Octave, n'était pourtant pas plus heureux: il alla se découvrir à une fille qui, ayant de Tesprit et une fort belles voix, venait tous les jours me divertir; niais comme elle n'était pas riche, il crut qu'à force de présens il l'engagerait dans ses intérêts. Elle lui promit tout ce qu'il demanda, et lui donna plus qu'elle ne voulait, car elle m'aimait véritablement, et elle ne jouait ce personnage que dans la crainte qu'il s'adressât à quelque autre, qui aurait peut-être été assez lâche pour lui être fidèle. Je savais donc pai" elle tous les sentimens de don Pèdre, et don Pèdre n*appiKnait rien d'elle que ce que nous lui faisions dire. Octave et don Pèdre en vinrent à tel point de jalousie, qu'ils pensèrent se battre, et cela les obligea de se séparer. Octave se» retira pour quelqve temps chez lui, et cet^loignement me donna le loisir de respirer, ^ar je ne craignais pas également don Pèdre, qui, voyant de la- difficulté à me trouver seuLe, était incessamment avec ma mère, %t se djîdommageait à lui faire des reproche^.Mais Octave ne s'sendormait pas ; avec xin esprit si violent, né pouvant demeurer en repos, il concertait .des desseins dignes de son esprit. Il résolut de m'enlev^r, et en fit la partie avec trois ou quatre hommes sans nom, exercés à toutes sortes de crimes ; ils

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