‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 135 sur 216 · PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXVII · texte numérisé non relu

PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXVII

se cachèrent sept ou huit jours dans le bois où vous m'avez trouvée, avec des espions qui observaient quand je sortais (de la maison ; et cela ne réussissant pas, ils coibmettaient mille brigandages, et dans la forêt et aux environs, sans qu'on pût découvrir qui étaient les brigands, parce qu'ils avaient des retraites cachées, et qu'ils se travestissaient tous les jours.

DonPèdre, qui avait gagné un des valets d'Octave, apprit de lui le dessein de son maître, et, l'ayant dit à cette fille qu'A croyait sa confidente, elle nous le dit aussitôt, et nous apprit en même temps que don Pèdre avait quatre ou cinq hommes en campagne pour s'y opposer : si bien que je me trouvais en sûreté par les soins mêmes d'un de mes persécuteurs. Don Pèdre , qui ne voulait p^s perdre une occasion de se faire valoir, dit aussi à ma mère le dessein é'Octavé, et les, obstacles qu'il y apportait. Elle lui -en fit de grands remercîmens, et m'obligea de lui en faire; et cela le rapprochant un peu plus qu'auparavant, il me parla plus ouvertement qu'il n^avait encore fait. Il*me dit qu'il n'avait jamais pensé qu'à m' obtenir de moi-même, et que c'était par respect pour moi et pour ma mère qu'il avait commencé par la supplier d'agréer sa recherche. Il me dit cent choses obligeantes; et avee beaucoup d'esprit, il me fit voir une passion sincère

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et dépouillée de tout intérêt; et peut-être que si je n'avaidété prévenue de ce qu'on m'avait dit de lui, je n'y aurais pas été insensible , car au reste il n'est pas mal fait, et il a toutes les manières d'un honnête homme. Je le reçus aussi plus honnêtement qu'à l'ordinaire, mais sans flatter sa passion, lui déclarant que je dépendais absolument de mon père , et que je ne pouvais penser à aucun engagement sans lui; et je l'assurai que je n'oublierais jamais les soins qu'il prenait de me défendre des violences de son frère. Il parut content de mes paroles, qui ne pouvaient pas le désobliger, et, attendant le reste de sa persévérance, il me mettait en sûreté contre Octave, et continuait de^nous voir.

Enfin la campagne finie, mon père arriva, et, ne nous trouvant pas à la ville, il no«s envoya sept ou huit cavaliers d'escorte, nous mandant qu'il nous attendait avec beaucoup d'impatience. Nous partîmes aussitôt; et don Pèdre, que nous avertîmes du retour de mon père , nous ayaitt accompagnées deux lieues, ma mère ne voulut pas souffrir qu'il en fît davantage, et il se sépara de nous avec un air fort triste. A peine nous avait-il quittées que nous trouvâmes en chemin un homme bien monté, mais d'une mine dangereuse, qui observa curieusement tous ceux qui étaient dans le carrosse, et continua son che-

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