‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 136 sur 216 · PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXVII. 27 I · texte numérisé non relu

PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXVII. 27 I

min. Je dis à ma mère que c'était là sans doute un des espions d'Octave. Elle le crut et en fut effrayée, et nous aperçûmes en même temps du côté d'un bois quatre ou cinq cavaliers que cet homme alla joindre. Ma mère appela un gentilhomme qui conduisait notre escorte , et lui dit qu'il y avait des voleurs aux environs, et qu41 était bon de se tenir sur ses gardes. Ils ne s'adresseront pas à nous, madame, répondit**il; ces marauds^là n'attaquent qu'à leur avantage, et ils voient bien qu41 n'y a rien à gagner ici. En effet nous avions douze cavaliers, et, de l'air dont ce gentilhomme parla à ma mère, nous nous trouvâmes tout rassurées, et poursuivîmes notre chemin sans appréhension , quoique nous vissions toujours les mêmes gens, et que nous crussions remarquer Octave parmi eux.

Nous fûmes reçues, ma mère et moi, à bras ouverts du meilleur mari et du meilleur père qui ait jamais été au monde : ce ne fut que caresse de part et d'autre ; miais il y avait une si grande afïluence de gens qui venaient saluer mon père, que nous n'eûmes pas le loisir de nous entretenir un quart d'heure. Il me dit seulement qu'il me ferait voir le lendemain celui qu'il me destinait pour mari, et que, si je n'en étais pas contente, il était résolu de ne me point contraindre, Taffaire me regardant de trop près

pour avoir d'autres sentimens que les miens, vu qu'il ne doutait pas qu'ils ne fussent raisonnables. Charmée des bontés démon père, je lui répondis ce que je lui avais déjà tnandé, et que, disposant; de mon esprit et de ma personne , il disposait aussi de mon cœur et de ma main* Je me retirai dans la résolution d'obéir aveuglément, et je passai la meilleure nuit que j'eusse eue depuis deux ans, que je n'avais eu la joie de le voir.

A peine étais-je levée le lendemain, que je m'habillai pronlptement, dans l'impatience d'aller embrasser mon père ; mais il me prévint, entrant dans ma chambre avec Valerio, qui donnait la main à ma mère. Tenez, ma fille, dit-il, je vous amène le meilleur de mes amis, et la personne du monde pour qui j'ai le plus d'estime ; et il me présenta en même temps Valerio, qui m'aborda d'une manière bien différente de ses frères. Il me dit des choses aussi polies que galantes, et qui ne tenaient rien dç l'homme de guerre, * qu'un air libre et agréable. Après les premiers complimens, mon père me demandât à l'oreille si j'^étais contente de son c4ioix. Monsieur, lui dis-je, je n'examine point ce qui vient de votre part. Il me pressa de m'ôuvrîr davantage, disant qu'il ne voulait rien faire sans moi, et que ce n'était point à lui à décider; et je re-

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