PARTIE m, LIV. Il, CHAP. XXVII
partis qu'il ne devait point douter que la soumission que j'avais pour ses ordres n'accordât bientôt mon cœur avec ses sentimens. Seigneur Valerio, lui dit mon père avec sa familiarité ordinaire, il n'y a rien de fait si vous voulez ; mais si cette demoiselle-là ne vous dëgçûte pas, nous ferons bientôt une nouvelle alliance. Monsieur, répondit Valerio, je croyais que c'était mademoiselle dont il fallait consulter le sentiment, mais vous avçz craint qu'il ne me fût pas favorable. Non, non, dit mon père, je réponds pour elle, il n'est plus question que de vous. Hé, monsieur, repartit Valerio, pouvez-vous douter de moi, quand vous me comblez d'honneur et de faveurs ? Il se jeta en même temps à mes pieds, et me supplia d'être sa caution, puisque le comte de Bedemar demandait un garant. Mon père me sauva de l'embarras où je me trouvais, en me prenant la main, la présentant à Valerio, et il me dit : Je vous donne le plus honnête cavalier d'Espagne, ma fille, et je vous proteste que je n'ai jamais fait d'action de si bon cœur qite celle-là. Nous fûmes mariés dès le même jour sans autre cérémonie, et sans y appeler nos parcns de part et d'autre, mon père croyant qu'il n'y a rien qui rende lé mariage plus solennel qme l'estime et l'affection de ceux qui s'épousent.* Depuis ce temps-là, Valerio m'a tou- T. V. • 18
jours aimée avec une tendresse extr^e, et notre amour a toujours été réciproque.
Octave et don Pèdre eurent bientôt la nouvelle de notre mariage; et il serait bien difficile de vous dire de quelle manière ils la. reçurent. Octave s'emporta à des extravagances incroyables; il voulut faire appeler Valerio, et, ne trouvant personne qui voulût l'y servir, il querella tous ceux qui l'en refusèrent, et jura qu'il s'en ferait bien lui-même justice. Don Pèdre, qui a de la valeur, mais pas tant de fureur qu'Octave, ne porta pas son ressentiment à des excès de cette nature ; il se plaignit partout de ma mère, comme û elle lui eût fait une injustice qui crîait vengeance. Et apprenant que j'avais su son mauvais commerce, et que c'était peut-être à cause de cela que je ne le recevais pas aussi favorablement qu'il croyait le mériter, il chassa ces deux femmes, les accabla de honte et s'en couvrit lui-inéme, en faisant voir que c'était plutôt par dépit que par sagesse. Depuis cela ils cessèrent tous deux de voir Valerio, et je cessai d'être persécutée, tant que mon père et lui demeurèrent dans la proyiiiçe. '
L'année suivante on se x^\t en campa^e de boime heuçe ; je me vis bientôt privée de mon père et de Yalerio, et mes ennemis rec(Mzi|nepcèrent à paraître. Don Pèdre fit demander à ma