‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 146 sur 216 · PARTIE III , LIY. II , CHAP. XXVIII · texte numérisé non relu

PARTIE III , LIY. II , CHAP. XXVIII

cer sur lui la vengeance qu'il avait amassée dans le trésor de sa colère ; que l'oppression qu'il souffre dans ses élus, n'étant qu'une épreuve qu'il fait de feur patience , après les avoir longtemps vus gémir dans l'aveu de leur propre impuissance et de leur corruption , il ne manquait pas aussi de récompenser leur vertu dès ce monde , et que ces récompenses ne sont qu'un prélude , et comme un avant-goût de celles qu'il leur prépare de tout temps dans la gloire éternelle.

Il fit ensuite , en termes un peu moins magnifiques ^ l'application de tout ce qu'il venait de dire au sujet présent; il exagéra la violence et les persécutions d'Octave, le châtiment terrible que le courroux du ciel en avait fait , et le secours qu'il avait si visiblement donné aux objets de sa fureur. Eugénie , pénétrée d'un sermon si pathétique , ne put s'empêcher de déplorer la triste fin d'Octave; après avoir rendu grâces à Dieu des bontés qu'il avait pour elle et pour Valerio, elle fit encore de nouveaux remercî- 4nens à don Quichotte , qu'il reçut avec la politesse d'un véritable chevalier , et avec une humilité digne de la prédication qu'il venait de faire.

Ceux qui venaient d'entendre le discours de notre chevalier, si différent en apparence de sa profession , comparant ces paroles avec son air et son habillement , étaient bien en peine du ju-

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gement qu'ils en devaient faire. Le curé du village, qui s'y était trouvé, et le lieutenant, qui avait fait ses études dans le dessein de s'engager dans réglise , convenaient que c'était un homme plein d'érudition, de raison et d'éloquence ; mais à quoi bon , disaient-ils , all.er vêtu de la sorte , ^rmé de pied en cap? Est-ce un nouvel ordre qu'on ait établi depuis peu en Espagne ?

Dans cette inquiétude, tirant Sancho à part, ils lui demandèrent ce que c'était que son compagnon. C'est mon compagnon, dit -il d'un air sérieux, mais c'est nion mdtre, et c'est un homme qui n'ignore rien au monde. Mais pourquoi vat-il ainsi armé ? demanda le curé. C'est qu'il n'est seulement pas pour prêcher, répondit Sancho , il est aussi pour agir. Et sa profession , quelle estelle ? demanda le lieutenant. Il est gentilhomme, repartit Sancho, de race bien connue, civil, honnête , et libéral comme un Alexandre ; il est chevalier , ajouta-t-il. Et de quel ordre ? demanda le curé ; est-il des Templiers ou de Saint-Jean-de- Jérusalem, est-il chevalier de Calatrave ou de la Toison ? Il est chevalier errant , dit Sancho , et ainsi il est chevalier des quatre coins de la terre. Et y a-t-il des commanderies dans cet ordre ? demandèrent-ils. Il n'a pas besoin de commanderies , répondit Sancho ; il donne des îles , des gouvernemens et des royaumes , et celui qui mé-

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