PARTIE m, LIV. Il, CHAP. XXVIII
prise les richesses , les a toutes. Il ne s'en fallut guère que les réponses de Sancho ne démontassent tout-à-'fait le curé et le lieuieiiant ; et comme ils voulaient continuer à l'interroger, ne sachant encore à quoi s'en tenir, ils virent passer Eugénie que ÎTalerio avait demandée , et ils la suivirent. Elle entra dans la chambre de son mari, qui la reçut avec une joie incroyable, l'assurant que sa vue valait mieux pour lui que tous les re^ mèdes de la médecine. On lui donna encore un consommé, dont il se trouva tout refait, et ayant demandé s'il y avait loin de là chez lui, et un de ses gens lui ayant répondu qu'il n'y avait que trois lieues, il dit qu'il serait bien aise qu'on l'y portât le lendemain pour n'incommoder pas davantage ses hôtes, et qu'il croyait avoir assez dç .force. On dépécha aussitôt des valets pour lui aller chercher uneîitière et un carrosse, et ayant prié tout le monde d'aller prendre du repos , il ne demeura qu'Eugénie, qui se mit auprès de lui , et le chirurgien , qui s'endormit bientôt sur la parole de son malade.
Don Quichotte , le curé , le lieutenant et Sancho, allèrent à l'écurie voir le misérable Pedraria , que deux ou trois archers gardaient à vue. Le curé voulut lui faire une exhortation ; mais ce malheureux le regardant avec des yeux toujours pleins de fureur , lui dît de le laisser en
patience, et qu'il ne voulait rien écouter, n'ayant rien à répondre. Ils se jetèrent tous sur la paille, où ils achevèrent de passer la nuit , et le curé y demeura comme les autres, en cas de besoin , y ayant dans la maison un malade et un criminel. Le lendemain , sitôt que Ton sut qmp Yalèrio était éveillé , ils entrèrent tous dans i^a cbamhre, et ils virent lever le premier appareil. Le chirurgien les assura qu'il n'y avait rien à craindilb, et que les plaies seraient plus tôt guéries qu'ils n'avaient pensé ; mais qu'il appréhendait que la faiblesse ne durât plus long-temps à cause de la grande hémorragie. Eugénie parut transportée de joie , et tout le monde lui en témoigna. Valerio , commençant à se reconnaître , demanda qui étaient tous ces messieurs, et qu'étaient devenus ses assassins ; jEugénie lui dit qu'elle lui^ apprendrait le tout sitôt qu'ils seraient dans leur maison , mais qu'il n'y avait là personne à qui ils n'eussoit des obligations particulières, et surtout à monsieur, dit-elle en montrant don Quichotte, qui m'a sauvé l'honneur et la vie , et dont le secours, m'a aussi rendu la vôtre. Valerio fit des complimens à notre chevalier , et on ne lui permit, pas de. s'étendre autant qu'il le souhaitait, de crainte que cela ne lui fît mal. Il supplia seulement don Quichotte et les autres de vouloir l'accompagner chez lui, où il aurait plus le loi-