‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 155 sur 216 · PARTIE m, Liv. II, CHAP. XXX. Sog CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

PARTIE m, Liv. II, CHAP. XXX. Sog CHAPITRE XXX

(Jomment Sancko but trop d'un coup , et ce qui lui en arriv».

ÂPRis quelques discours de cette nature , Tofficiér demanda à Sancho s'il ne boirait pas bien un coup. J'ai de la complaisance pour quatre y dit Sancho , mais il y a bien loin d'ici à la maison. Cela ne fait rien , repartit l'officier, les fées du pays sont de nos amies. En même temps il donna un coup de sifflet , et cria tout haut qu'on préparât à goûter ; on lui répondit d'un coup de sifflet du côté du bois , et l'officier prenant Sancho par la main , le mena sur un petit tertre couvert de gazon , où ils trouvèrent un janibon , une langue et un bon fromage, avec deux bouteilles, sans qu'il y eût âme vivante. Qu'est-ce que ceci, s'écria Sancho , est-de que vou^ avez ici des enchanteurs ? A milliers , répondit l'officier , «t des plus madiés qui soient en Espagne ; mais il y eij;^ a qui sont de nos amis , et ceux-là nous garantissent des autres. Cela est plaisant , dit Sancho,. le monde est si incrédule qu'on ne veut pas croire aux enchanteurs. Tout le mon^e est fou , dit l'officier. Sur cela, Sancho dit qu'il lui en avait passé près d'une douzaine par les mains ,

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inai3 qu'il avait bien passe par les leuiis aussi , et qu*il n'y avait guère de jours qu'ils ne lui tendissent quelque piège, et entre autres ayant nommé Parafaragaramus , dont il fit l'histoire que nous avons vue. Quoi! Parafaragaramus?

répéta l'officier : c'est le meilleur de nos amis ; c'est lui qui nous protège , et quand vous voudrez , je vous ferai boire avec lui.

Cependant ils étaient assis sur l'herbe , et buvaient à bon compte ; Sancho avait déjà^ avalé sa bouteille, et l'officier bien avancé l'autre, quand ils entendirent tirer assez près d'eux , et un lièvre vint tomber à leurs pieds. Sancho fot un peu effrayé d'entendre tirer dans un bois , et demanda ce que c'était. Il faut que ce soit des chasseurs de la maison, dit l'çffîcier ; qui serait si hardi que de venk tirer si près du château ? Aussitôt il arriva quatre ou cinq chiens, qui poursuivaient le lièvre , et le voyant entre les mains de Sancho, ils l'allèrent prendre sans autre cérémonie 5 Sancho voulut le disputer, tous les chiens rejetèrent sur lui , et si l'officier ne les eût chas* sés> ils lui auraient mal fait passer le temps. Aus^ sitôt arrivèrent trois ou quatre valets <lvcc des fusils ; Sancho les inteirogea sur la chasse , et dit que quoiqu'il l'aimât beaucoup , aussi bien que la péehe , il ne portait point de fosil ni à l'une ni à l'autre , non pas qu'il eût peur d'un

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fusil , mais parce que le bruit Teffrayait , et qu'il pouvait crever entre les mains, et dans un instant cela vous sangle un homme. Yoilà, continua-t-il en prenant la bouteille , de quoi je tire, et il avala le reste en bon compagnon : jamais cette arme4à ne m'a fait faute, dit-il, et elle est toute au contraire du fusil, je ne la crains que d^échargée ; il en dit des meilleures , et se divertit et divertit les autres. Cependant les bouteilles tenaient trois chopines, et il en avait bu à bonne mesure les deux tiers , et les fumées commençant à lui monter à la tête , il était un peu plus qu'en pointe de vin : Montrez -moi, dit-il, un fusil, messieurs. On lui en donna un, il le mania y le visita de tous côtés , et , sans y rien comprendre, trouva l'invention fort belle; il banda le chien «ans savoir pourquoi , il tira de même la détente , et la pierre venant à faire feu il laissa tomber le fusil, ne sachant s'il n'était pointblessé ; heureusement le fusil n'était point chargé , sans cela il en eût donné dans les jambes d'un des chasseurs. La frayeur qu'il en avait eue , ne. faisant qu'augmenter sa curiosité , il demanda comment on chargeait un fusil. On y mit la poudre devant lui , et comme il vit le plomb , qu'il trouvait bicin menu au prix des balles de mousquet , il s'en moqua , et dit que le gibier qu'on tirait tombait plutôt de peur que du coup , que cela

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n'était capable que de tuer des mouches : il mit lui-même la main dans la gibecière , et maniant de la cendre de plomb : Et pour qui est cette dragée -là, pour les petits oiseaux ou pour les fourmis? dit -il en se moquant. Cela ne tuerait pas un homme, répondit le chasseur, mais de Tingt pas je le ferais bien trémousser. Sancho, à demi-ivre , dit qu'il tendrait le derrière de trente pas pour une pièce de vingt-sept sous. L'officier ne le lui conseilla pas ; mais lui, connaissant mieux la valeur de Targent que la force de la poudre , dit que les chevaliers sont gens de parole , et qu'il ne s'en dédirait pas; il les agaça tous, il se moqua d'eux, et tenant la pièce de vingt-sept sous entre les mains , il les défia d'en mettre une autre , à condition que si le plomb ne le touchait pas il en gagnerait deux , et que s'il le touchait il perdrait la sienne ; l'officier fit tout ce qu'il put pour l'empêcher de s'exposer , mais Sancho n'en voulut jamais démordre , et il lui en fallut donner le plaisir : on mesura trente pas bien comptés, et Sancho, abattant ses chausses , se mit dans une posture étrange , de la meilleure foi du monde , et tendant hardiment les parties qui sont au bas de l'épine du dos, qu'il étala sans discrétion à la vue des assiçtans , il se mit ensuite à défier le chasseur, qui n'osant rien faire sans la permission de l'ofîîcier, se conten-.

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