PARTIE III, LIV. H, CHAP. XXX. 3l
tait de rire de ce ridicule spectacle ; enfin Sancho pressant, agaçant, et jurant déjà qu'il avait gagné, l'officier fi\t contraint de le permettre , ne faisant mettre que demi-charge, afin que le plomb écartât : le chasseur tira et le coup porta juste sur les parties les plus charnues du pauvre aventurier, qui en furent toutes farcies, et il tomba sur le nez, criant qu'il était mort. On alla vite à lui , et comme il vit le chasseur : Oh l mort non de diable ^ ^t-il , vous avez tiré trop fort ; cela n^est pas de bon jeu ; je n'^avais p^rié qu'à çon^tion que vous tireriez doucement comme sur les petits oiseaux, et non pas de toute votre force comme sur un sanglier.
L'officier était bien fâché de iâ^ complaisance qu'il avait eue , et mourant cependant d'envie de rire, gourmanda le chasseur d'avoir tiré si fort , et fit semblant de jurer qu'il le dirait à monsieur le comte. Non , non , dit Sancho , je lui pardonne , et il ne faut point que personne le sache ; cela irait encore dans mon histoire ; mais, je vous prie, qu'où juge la gageure. L'officier répondit que cela était déjà tout jugé , et que ce maraud avait tiré six fois plus fort qu'il ne devait. Pour contenter Sancho, qui voulait que les choses se passassent dans les f ormçs , il recueillit les voix, et lefe'autres chasseiurs ayant dit qu'il avait tiré comme pour un âne, l'officier
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adjugea les deux pièces à Sancho, qui s'en trouva tout soulage , mais faisant sennent en lui^-méme de n'avoir jamais rien à démêler avec les armes à feu , ni avec la poudre à canon ; il se releva, se portant cent fois la main sur les parties affligées, et disant à TofRciér que le diable de chasseur lui avait tiré des épines. Cela ne sera rien, répondit l'officier qui avait vu les blessures, je vous donnerai tantôt un onguent de Parafaragaramus, et il n'y paraîtra pas demains il ordonna laux chasseurs de s'en aller, et de faire faire un pâté de Kèvre, pour le roanget chaud le soir, avec défenses de rien dire de l'aventure. Ils s'en allèrent riant, et Sancho et l'officier prirent une autre ro«te marchant fort doucement, car quoique Sancho ne fût pas dangereusement blessé , il ne laissait pas d'être bien incommodé , et à chaque pas il se trémoussait et se plaignait.
Je vous admire , vous autres chevaliuns errans, dit l'officier, vous ^es tellement faits à la fatigue , que rien ne vous incommode : oh vous voit toujours l'esprit libre , toujours le même courage , quoi qu'il vous arrive. Dans notre métier, dit Sancho, il faut de la patience: toutes les aventures ne sont pas faites pour notre plaisir, et en quelque état que se trouve un chevalier eri^ant , tout brisé de coups , percé comme un crible , il serait honteux de faire la moindre