PARTIE III, LIV. lï, CHAP. XXX
parole, et lui dit : Seigneur chevalier, j'espère de votre bonté et de votre courtoisie , que vous ne laisserez pas votre ouvrage imparfait ; c'est vous qui nous avez tirés de péril , et il faut, s'il vous plaît, que vous nous donniez le loisir de vous témoigner notre reconnaissance : d'ailleurs mon mari n'est point encore en état de st jiasser de vous , et si vous ne vous ennuyez point, nous vous serons extrêmement obligés de demeurer avec nous pour nous donner vos conseils sur une affaire où vous avez une si glorieuse part. Vous m'accablez de bontés, madame, repartit don Quichotte ; je n'ai point de volontés auprès de vous, ce n'a été que la crainte de vous incommoder qui me faisait demander mon congé.
Et il consentit à demeurer tant qu'il leur plairait. Sancho, qui avait écouté paisiblement tout le discours , fut ravi du séjour qu'il avait à faire dans une si bonne auberge ; et comme il avait accoutumé de se fourrer partout, et n'était pas trop, de sang froid après ce qu'il avait bu : Madame la comtesse, dit-il , je vous réponds de monseigneur don Quichotte , je le connais comme si je l'avais nourri; il ne s'ennuie point avec vous , il vous honore et vous respecte, ce n'est que sa profession qui le dévore. Gomme franc chevalier, il voudrait toujours être à la quête des aventures, et croit que son honneur est
coupable de tous les malheurs qui arrivent dans le monde ; mais je sais un bpp remède à cela , - car il y en a à tout , fof s à la mort. En disant cela, il se jeta aux pieds d'Eugénie, imitant ce qu'il avait vu faire à sop maatre en pareille occasion ; et lui dit d'une voix élevée : Je me jette à vos deux pieds , madame , et ne m'en relèverai pas d'ici au jugement que votre courtoisie ne m'ait accordé un don.
Don Quichotte était bien embarrassé, il craignait quelque jpipertinence , parce que Sancho ne lui avait point dit son dessein , et l'air dont il s'y prenait avait quelque chose d'extraordinaire. La comtesse, voyant Sancho dans cette humble posture , voulut le relever : Je meurs de honte, dit-elle, seigpeur chevalier, de voir à mes pieds la valeur et la courtoisie mêmes. Je ne ipe relèverai point , ipadame , cria Sancho avec le mêrpe transport, je crèverais plutôt là. Madame , dit Yalerio , ficçordez slu chevalier ce qu'il demande. Je vous l'accofde, seigneur chevalier, dit Telle; et Sancho continua en défaisant son écharpe : Premièrement, madame, quapd je fus armé chevalier, il n'y eut poinf de dame pour me ceindrp l'épée ef me chausser l'éperon , parce qne nous étions dans un château ruiné, où il n'habite qu'un pauvre seigneur et de^ enchanteurs ; ayez dqnc , s'il vous plaît ,