PARTIE ni, tiV. II, CHAP. XXXII
le lointain du tableau les choses que je ne veux pas qui soient trop éclairées.
Il y a environ trois ans, que me promenant dans les Tuileries, je rencontrai une jeune de* moiselle que j'avais vue cinq ou six fois en des endroits où sa mère allait jouer : dès le premier jour que je l'avais vue, il m'avait semblé qu'elle jetait sur moi des regards assez obligeans, et fbutes les fois que je la vis ensuite , j'eus lieu de croire la même chose : quand elle me voyait jouer , elle s'intéressait pour moi , elle me plaignait de mes pertes; si je disais quelque chose, elle était toujours du même sentiment, elle me flattait sur mon esprit , et me faisait valoir auprès des autres; en un mot, elle prenait le soin de m' obliger en tout.' Je regardai cela d'abord comme des enfances; car Sylvie, ce sera désormais so|i nom , n'avait pas tout au plus treize ou quatorze ans; et comme j'étais persuadé qu'à cet âge-là Ton agit sans choix, ou que le hasard a plus de part que le cœur à ceux que Fon fait, je répondais assez froidement à des avances qui m'auraient bien remué dans un autre temps. Je n'y étais pourtant pas insensible ; mais pour toutes ces petites marques d'affection , |c prenais simplement le soin de lui faire connaître que je la distinguais bien dans la foule , et lui rendais plus d'honnêteté qu'aux autres. Cepen-
dant je commençai à m'aperceToir que les soins de Sylvie étaient' plus empressés que je n'avais cru 9 etuR^elit reproche qu'elle prit à tâche de me faire en secret , et d'une manière assez vive ^ me perisuada qu'ils partaient du coeur. Elle ne saTfeit peut-être pas elle-même ce qu'elle «entait ; mais elle me témoigna de petits mouvemens -de jalousie, que je vis bien qui ne pouvait être sans amour. J'avais commencé en ce temps4à à vous aÛBoer , et il y avait bien de quoi m'occuper saais me détourner ailleurs. Tout m'engageait à vous servir; cette fierté avec laquelle je vous voyais dédaigrier les amans , me donnait del'estime pour vous : j'étais attiré par la bonté que vous témoigniez à vos amis y et je me trouvais agréablement flatté 4e ce que vous aimiez mieux ma conversation que celle des autres, et de ce qu'il me semblait même que vous commenciez à farter tou^ceux qui vous environnaient. Votre esprit, votre immeur, votre bon goût, et surtout la bonté de votre co^ur, achevaient de me duomer, et ^e «le me 'défendais de m'abandonuer à une véritable passion , que dans l'impossibilité que je voyais à pouvon: vaincre votre cœur, fière comme vous êtes. Un homme ]^ré1renu de tant de choses engageantes t^ésiste facilement à s'en* gager ailleurs, et j'étais persuadé que ce serait vous faire la dernière injustice , et me faire tort