PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXXIT
de Tamour, il me restait pourtant une espèce de mélancolie , qui me détournait de toutes sortes de plaisirs : je n'aimais plus le jed ni la conversation ; j'avais même de la peine à revoir mes amis , et je ne pensais qu'à vous ; mais- croyant que ce n'était qu'une habitude à vous trouver plus agréable que tout le reste , je ne laissais pas de me trouver dans un parfait repos.
Ce fut dans ce tçmps-là, qu'en me promenant aux Tuileries, il m'arriva de passer devant des damés, entre lesquelles je remarquai Sylvie avec deux de ses parentes, qui sont fort agréables, quoique déjà un peu âgées. Jeme trouvai si près d'elles, que je crus que je ne pouvais les éviter sans incivilité; et, après les avoir saluées, je sn'aUai asseoir auprès de Sylvie : c'est là que je commençai de sentir qu'il est bien dangereux de se iier à ses résolutions, quand on' ne s'est pas bien éprouvé. Sylvie mexegarda obligeamment, à son ordinaire, et je sentis réveiller dans mon esprit cette complaisance que j'avais toujours eue pour elle. Nous nous promenâmes ensemble avec Phénice, qui ne la quittait presque jamais; elle me flatta encore sur mon esprit, je la louai sur sa beauté ; et après deux heures de promenade et de conversation, nous nous séparâmes assez satisfaits l'un de l'autre.
Quinze jours durant, j'allai presque tous les
soies aux Tuileries, et ayant manqué d'y aller un soir^ Sylrie me le reprocha le lendemain, en des termes qui melirent bien connaître qu^elle y prenait beaucoup phis de part que je ne me l'étais en* core imaginé; et sur ce que je lui dis, que j'allais faire un grand voyage, parce tfàe je n'avais, pas de santé à Paris, elle me parut triste et défaite, et ne se remit que pour me dire que , du côté que j'avais dessein d'aller, je ne trouverais pas le remède dont j'avais besoin : elle entendait par là que c'était votre absence qui me rendait ma^ lade, et qu'il n'y avait que vous qui me puissiez guérir. Belle Sylvie, lui répondisrje , sans penser pourtant qu'à lui dire une honnêteté , il y a de bons Ynédecins à Paris , sans que j'en allasse chercher si loin y mais je ne fais de pitié à personne* Dans une si belle occasion de s'ouvrir davantage, Sylvie ne sut que me dire, ou elle ne voulut pas parler, mais je vis clairement dans sea yeux qu'elle n'eût pas été fâchée que je la priasse de travailler à ma guérison. Nous eûmes une assez^ longue conversation, dans laquelle elle tâcha toujours de me p^suader que je ne devais point quitter Paris, et cela plus spirituellement que je ne l'attendais de son âge. Elle me dit enfin que le voyage me serait funeste , et que j'y mourrais ; qu'elle me le prédisait , prenant Phénice à témoin qu'elle avait Htn fait d'aâtres