‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 181 sur 216 · PARTIE III, LIV. 11, OHAP. XXXII · texte numérisé non relu

PARTIE III, LIV. 11, OHAP. XXXII

prédictions qui étaient arrivées. La promenade finie , je la ramenai chez elle , et elle me dit encore en la quittant : Souvenez -vous qu'il y va de votre vie , si vous vous en allez ; après quoi nous nous séparâmes avec assez de peine , elle me conduisant encore des yeux ^ et moi tes ayant toujours sur elle , tant que nous pûmes nous voir.

Quoique je crusse n'avoir rien dit à Sylvie avec dessein^ et que je m'imaginasse ne rien sentir, je ne laissai pas d'avoir de Finquiéttide quand je ne la vis plus , et toute la nuit je ne pensai qu'à elle. Je me la représentai avec tous ses charmes, jeune, agréable et spirituelle, et d'autant plus facile à engager, qu'elle mf avait toujours témoi^ gné de l'estime et de la complaisance, quoique je ne fisse pa^ de grands efforts pour l'y obliger; mais craignant quelque surprise.de ma faiblesse, je vous appelais âu secours, av^c les résolutions que j^avais faites de ne me plus engager , et il me semblait après cela que je n^avais phis tant à craindre. J^allai néanmoins, le lendemain jouer chez une de mes amies, pour me détourner d'uïi lieu ou il me semUait que je n'étais pas tout-à* fait sans périls et je me souviens qu'on > me re-^ procha que j'étais bien rêveur pour un homme qui jouait. avec tant de fortune : effectivement, je gagnai tout ce que je jouais, mais à peine m'en

aperceyais-je. Le jeu fini, on parla d'aller à la plaine de Grenelle , et de venir se réjouir après la promenade : j'y consentis ; et comme il n'y eut point de place pour moi en deux carrosses, qui se trouvèrent pleins de femmes, je ne voulus pas attendre qu'on ndt les chevaux à un autre, j'entrai dans ma chaise, et, sans songer à ce que je faisais , je dis à mes porteurs de marcher. Ils me demandèrent où je voulais aller ; Et où voulez -vous que j'aille? répondis* je brusquement Je ne sais comme ils l'entendirent, mais ils me portèrent aux Tuileries, où j'avais accoutumé d'alleir^fous les soirs. J'y entrai en rêvant, sans penser à la partie que je venais de faire avec les dames , et la première personne que je rencontrai, ce fut Sylvie, qui se promenait avec sa mère et quelques dameà de son voisinage ; je me joignis à leur troupe, et, après deux tours d'allée,* les dames ayant voulu se reposer, nous continuâmes à nous promener, Sylvie, Phénice et moi , avec un desparens de Phénice , qui nous quitta bientôt. Sylvie me parut plus gaie qu'à l'ordinaire , quoique je l'eusse trouvée un peu rêveuse en entrant; et n'osant me flatter que j'eusse causé ce changement, je lui en demandai la raison. C'est, me dit-elle, que nous allons nous divertir à la campagne un mois ou cinq semaines, et cela me donne de la joie , parce que

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