‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 182 sur 216 · PARTIE m, LIV. U, CHAP. XXXII · texte numérisé non relu

PARTIE m, LIV. U, CHAP. XXXII

je me lasse de ne voir que les Tuileries ; il me semble que je suis une des statues de ce jardin , et que je suis condamnée à y demeurer tant qu'il durera. Dans ce temps-là , Phénice s'amusant à cueillir des fleurs , ^ lui répondis : Quoi donc , belle Sylvie , aimez-vous tant la diversité , que vous vous lassiez du plus beau lieu du monde , et dont vous faites le plus bel ornement. Et vous, dit-elle, u'avez-vous paà la même joie de le quitter, vous cpai voulez vous en éloigner pour pjus de six mois ? Il est vrai , repartis-je , que j'y avaiè pensé , mais votre prédiction m'en a fait revenir, et je vgis bien qu'elle s'accomplira à Paris , si vous venez à le quitter. Je m'aperçus bien que ce que je venais de dire n'avait pas déplu à Sylvie, et je crois qu'elle m'aurait répondu quelque chose d'obligeant, sans que Phénice vint nous retrouver. Ce voyage , me mettait en inquiétude, et je dis à Phénice : Mademoiselle, vous êtes aussi donc de cette partie de campagne, puisque vous ne vous opposez point à laisser partir Sylvie? Je ne sais ce qu'elle veut dire, répondit Phénice ; je n'en n'ai point ouï parler du tout , et je gagerais qu'elle ne dit pas vrai. Comme il était déjà tard, la mère de Sylvie lui envoya dire qu'il était temps de se retirer, et nous n'en pûmes obtenir qu'un tour d'allée, où je reprochai à Sylvie qu'elle m'avait donné une terrible

alarme , en parlant d'aller à la campagne , et je la priai de ne me inîetiré plus dans de semblables épreuves. Elle tourna la chose en raillerie, et me dit qu'elle ne croyait pas que j^y prisse au- . tant de part que je le yodbis faire croire, et qu'elle savait assezpde mes affaires pour ne pas douter qu'il n'y avait plus rien ifbi m'attachât à Paris. La conyersi(tion finit avec la promenade, et je lui dis, en la quittant, qu'il n« tiendrait qu'à elle de m'attacher à Paris pour toujours, pourvu qu'elle voulut seulement prendre soin de ma guérison.

Nous continuâmes a nous promqiier presque tous les jours un mois durant , hors que j'allais quelquefois jouer dans un quartier fort éloigné pour entretenir mes connaissances, et quand j'a-' vais manqué à me trouver aux Tuileries , Sylvie savait bien me le reprocher.

Enfin , ce cju'clle ne m'avait dit qu'en riant se trouva vrai en effet : on l'emmena à la campagne ; et le soir avant le jour de son départ , elle m'en avertit aux Tuileries, en me disant qu'elle y venait pour la dernière fois. Cela me surprit, et je lui demandai avec empressement Texplication de ce qu'elle venait de dire. C'est , me ditelle , que nous nous en allons deniain à la campagne pourvue revenir de plus de deux mois, et j'ai voulu prendre congé des Tuileries , dans la

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