‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 183 sur 216 · PARTIE m, LIV. Il, CHAP. XXXII. 3^t · texte numérisé non relu

PARTIE m, LIV. Il, CHAP. XXXII. 3^t

résolation d'3jrenoncerpour le reste demesjourSi Ah! m'écriai-je, belle Sylvie, dites-vous vrai? que vous est-il arrivé dans te jardin , que toute PEurope admire , pour le trouver si désagréable T si j'en crois ma pensée , c*est moi qui vous le fais haïr, car je n'ai vu que moi ici qui s'attachât auprès de voul^. Je vous ai dit la vérité, me répon-^ dit-elle ; nous nous en allons demain , et pour le temps que je vous ai dit. Et en avez-vous , belle Sylvie , lui dis-je , autant de joie .que vous en témoignez, et Paris, tout grand qu'il est, n'a-t-il rien que vous y puissiez regretter? Gomme je crois, dit-elle, que je n'y serai regrettée de personne, je n'y dois non plus regretter qui que ce soit.. Par cette raison-là, repartis-je , s'il y a quelqu'un qui vous y regrette, vous êtes aussi obligée de le regretter. Hé mon Dieu! dit-elle, qui serait-il, ce quelqu'un ? et par où se serait-il engagé à prendre quelque part en moi? Êtes-vous si jeune , lui disje , que vous ne connaissiez pas encore Votre mérite? et cette agréable jeunesse n'est- elle pas un grand mérite elle-même? mais, belle Sylvie , il est impossible que vous ne vous aperceviez pas que vous avez de l'esprit et de la beauté, qui sont les plus grands charmes qui puissent engager un honnête homme ; et avec cette connaissance vous ne pouvez douter que ceux qui vous voient souvent ne ressentent votre absence avec un ex-

trême déplaisir. S'il dépendait de n^i, dit Syl vie» de ne m'en pas aller , je répondrais à des flatteries <6i obligeantes; mais je n'en suis pas la mai* rcsse^ et vous voulez bien que je ne les prenne que comme des complimens d^adieux. Prenez-les pour des sentimens sincères , lui dis-je , et la suite vous fera voir que vous ne vous êtes pas trompée. La mère de Sylvie s'en alla en même temps, et me dit en souriant qu'elle ne trouvait point d'autre sûreté pour sa fille que de l'éloigner d'un lieu où j'étais. Je ne sqis ce que je répondis; mais en donnant la main à Sylvie , pour la ramener chez elle , je lui dis : Belle Sylvie , songez quelquefois à ce que vous laissez à Paris, et donnez quelque moment à un homme qui vous consacre tous ceux de sa vie. Je ferai voir à mon tour , répondit - elle , si j'ai oublié ceux qui auront pensé à moi; pour vous, ajouta- 1- elle, vous avez qui vous doit tenir compte de toutes vos pensées , et je vous crois assez hoiinête homme pour faire scrupule de m'en vouloir charger : je ne suis pas ingrate à toutes les honnêtetés que vous m'avez témoignées, mais jugez vous^ même jusqu'où doit aller ma reconnaissance.

Nous étions déjà sur le pas de la porte, et elle me dit adieu , mais avec des yeux qui semblaient me promettre plus qu'elle ne m'avait dit. Avouez donCy madame, dit Sainville à la marquise, avouez

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que S^'iè a de Tesprit , et qu'pn rie peut dire des choses plus agréables ni plus fines que te que je Tiens de vous raconter. J'avoue que j'ci^ suis tout étonnée, •répondit Ijt n>arquîse, et si vous ge m'aviez promis d^ faii'e une peinture fidèle , je croirais -que vous avite flatté son portrait; mais continuez , je meurs d'envie de savoir le reste , et je suis aussi amoureuse de ^Sylvie cjue vous en êtes amoureux vous-même.

Je trouvais tant d'esprit en Sylvie , continua SainvîUe , que je nef pouvais compr^dré comment elle en pouvait tant avoir dans un âge si tendre, et œla me charmai* encore pli^s que tout ce qu'elle peut avoir <l'ailleurs de bea«té et d'agrément. Je me troùtai un peu triste de* son absenee , car, pour n'en point mentir , je commençais à l'aimer; mais je ne l'Uimais pas encore assez pour m'eri désespérer ;- et comme vous revîntes avant elle ^ ia joie dfe vous revoir , votre amitié, qi4 ne s'était point altérée , et la reconnaissance que je vous devais* de* mille marques.de bonté que vous m'aviez donnéfes en 'votre wsen^e, le jeu, la, comédie, ries ]^omenàdés; tous ces di-. vçrtîssemens que je prenais avec 'vous , assoupirent cef faibles sQii;timens d'amour* pour Sylvie, qui n'étaient encore qu'à demi formés: cc^tte retenue avec laquelle vous résistâtes auxjiQuvelIjes attaques que vous donna ma passion , vos sages .

conseils, et'cette terrible maladie dari!^ tiqueUe ^e dësesjpérai cent fois de vous, et pensai autant de foi$ m«* désespérer, mais surtout ces sentimena d'une véritable.-pieté qui accompagnèrent toujours un mal si périlleuic^ me firent rentrer en moi-même, et je me cFftsen libeïté. Mais l'a-^ notDur ne perd point ses droits ; vouç ne demeu*-

* rates pas assez long-temps à Paris pour a£fermiip mon esprit en des résolutions si utiles, et votre absence ]|[y:écipitéa me r^longea dans une mélancoH^ q9iv^ été la«ource de tous les maux que j'ai soufferts 'd^uis. ^ ' «

Je me trouvaii^ussi accablé de vqtre éloigne-

ment ippue je l'avais été la preij>iere .fois , et vous

^yant toujours regardée ceftime le çeul bien qui

, m*eât nécessaire , je retombai dans le même dé-

• goûV*de tous les autres plaisirs. Après votre dér part, je ne pus demeurer dans un quartier où ]% vous avais perdue ; dèsie même jour jele quittai a\ec une niftpatience extréiAe , ^t^n'en vins Iqger dans l^droit où vous savez que je suis, quim'approdbait 4é vousd'environ cinq cents pasBur plus de d^ux cents^ lieiLefs : je âis loug^temps sans sortir, %e pouvant nie rçs<)pdrè à feire des visites avec le cËagrin tfue j'avais^- et craignant gue mes amis , qui nlaur^ent pa^ msftiquë de s^en apercevpir et 4? nie Je reprocher, ne crussent qu'on fie peut aimar avec tant d^ardepr sans être aimé.

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