PARTIE Uï, LIV. II, CflAP. XXXll/ SyS
Dans toutes les passions que j'ai eues , ma plus grande passion à toujours été d'aimer mieux la réputation des personnes que j'aimais, que tout ce que j'en pouvais atteindre.
L'été étant veau, je commençai à prendre l'air pour me fortifier, car j'étais devenu fort faible d'un peu de fièvre accompagnée Âe beaucoup de dégoût et d'ennm ; et le&Jbeaux jours m'invitant à la promenade , j'allais tous les soirs au Lyxem^ bourg avec dessein de chercher les endroits les plus écartés , et de ne parler à personae. Pendant que je promenais ;|iinsi ma rêverie , un soir que j'étais accablé de la chaleur, j'allai vers le parterre pour y preadre le frais , et j'étais sur le point de m'asseoir sur les buis , quand Sylvie , qui me reconnut, me vint demander si j'avais de Vos nouvelles. Je ne pus refuser une conversation commencée par un endroit si agréable ; elle fut presque toute de vous, le resle, ne fut^ que des complîm^ns , et je me retirai de «bonne heure avec la consolation d'avoir* trouvé quelqu'tbi qui connaissait mon mal , et avec qui j'en pouvais parler ; Sylvie fut ce jour-là fort adroite ; elle ne dit pas une parble qui pût me donner à penser , et elle affecta tant d'iniiifféréncc , que je ne me souvins presque |^lus ^u passé , et que je ne songeai pas même que je pusse la craindre : je ne manquais pas tous' les soirs d'aller chercher
Digiti2ed by
au même endroit une personne qui me disait mille biens de vous , et cela me donnait tant de joie que je commençai d'avoir quelques bonnes nuits^ malgré mes chagrins et cette insomnie dont vous m'avez tant fait la guerre ; remarquez ici les ruses de l'amour , et comme il sait adroitement mêler le poison parmi les plus innocentes fleurs : jusqu'à cette heure vous n'avez vu que des jeux d'enfant , bientôt la face du théâtre va changer.
Je ne songeais nullement que Sylvie pût avoir d'autre dessein que de m'engager par son honnêteté à Continuer d'en avoir pour elle , car après avoir été un an sans la voir, j'avais sujet de croire qu'elle ne pensait plus à ce qui s'était passe, et que Je peu de soin que j'avais pria de l'entretenir dans ses premiers sentimensles avait entièrement dissipés; mais je lui savais si bon gré de tout le bien qu'elle me disait de vous , que je prenais un plaisfr extrême à l'entretenir ; il y avait déjà beaucoup plus que de la complaisance , et je la cherchais même aVec empressement pour continuer une conversation que j'aurais voulu qui ne finît jamais : je la reconduisais chez elle après la promenade , je Tallais voir afin d'aller avec elle, et pendaht qu€| je croyais ne pas avoir besoin de me tenir siir mes gardes , l'amour a tant fait , malgré la confiance que j'avais. en mon cœur, qu'il l'a insensiblement touché , et Sylvie a fait