‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 189 sur 216 · PARTIE m, LIV. II, CHAP. XXXII · texte numérisé non relu

PARTIE m, LIV. II, CHAP. XXXII

je me connais au mouvement des yeux, j'avais lieu de croire qu'elle ne serait pas ingrate à mes soins et aux sacrifices que je lui faisais. Je vous prie , dit en det endroit la marquise , me me dérobez rien de tout ce qu'a fait et dit Sylvie , je veux tout savoir, et , encore une fois , je l'aime autant que vous l'aimez vous-même. Dites donc que je l'ai aimée , repartit Sainville. C'est que je ne vois encore rien qui vous la doive faire haïr, dit la marquise, et de l'humeur dont je vous connais , vous ne guérissez pas aisément de ces sortes de blessures. Voilà la première fois que vous m'ayez fait justice , reprit Sainville ; il est vrai , madame , que je n'en guéris pas aisément , mais vous vèus reprochez eti même temps votre ingratitude plutôt que vous ne m'accusez de faiblesse.

Nous allions donc tous les jours chez cette dame malade , qui commençait à se remettre , mais qui ne sortait pas encore ; et comme il y venait beaucoup de monde, nous avions le loisir de nous entretenir Sylvie et moi ; et les soirs je m'en revenais avec elle. Un soir qu'elle avait paru tout le. jour rêveuse , et que nous ne nous étions entretenus que par des regards, comme nous descendions l'escalier pour nous eu aller^ je lui serrai la main , et lui demandai ce qu'elle avait; elle me regarda avec des yeux tristes , qui faisaient

Sgo DON QUICHOTTE.

Yoîr que soû cœur étak' pressé ; et elle me. laissa demander deux ou trois fois ce qu'elle avait avant que de rafe répondre. Je n'ai rien, me dit-elle en- •fin ; mai» cela d'un air qui semblait me faire des reproches : il n'y eut pas moyen de s'en dire davantage jusqu'au carrosse ; et pendant que nous nous en allions , je n'osais lui parler à cause de sa mère et d'une de ses parentes qui étaient avec nous , et qui , ce me semble , conunençaient à m' observer. Cependant Sylvie ne revenait point de sa tristesse , et elle faisait de grands soupii^ , qui obligèrent enfin sa mère à lui demander avec un peu d'aigreur ce qu'elle pouvait avoir pour faire la mine qu'elle faisait. Sylvie était tournée de mon côté , elle avait la tête presque appuyée sur moi , et nous nous serrions de bien près , quoique le fond fût assez large. Que voulez-vous que j'aie, ma mère ? répondit-elle : ne savez-vous pas bien qt» je ne puis dormir depuis quelques jours ^ Et qu'avez- vous à ne pas dormir? repartit sa mère ; de l'humeur dont je vous vois, vous allez devenir folle. Nous nous trouvions pour lors dans une rue fort étroite , et l'obscurité , aussi bien que le bruit du cairosse , nous étant favorable, je lui pris la main , et en la serrant : Ma belle enfant, lui dis-je, qu'avez-vous ? faitesrvous façon de le découvrir à un homme qui n'a rien de secret pour vous? Pourquoi le dirais-je ,

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