PARTIE m^ LIV. n, CHAP. KUCII
t^it pas bin reçue. Elle me demanda pourtant si je voulais jouer à l'ombre , et nous y jouâmes; mais au lieu de la regarder comme j'avais accoutumé de faire , et de me ser\^ir de cette occasion pour lui témoigner ma tendresse par certaines paroles et des actions qui sont une manière de chiffrie entre les amans, je ne fis voir que le dépit que je sentais, Sylvie , joignant cela avec le moment de conversation que j'avais eu avec cette femme, s'offensa tellement, qu'elle me dit des choses chagrinantes ; et quand je la voulus appaiser, après le jeu fini , elle me regarda fixement avec des yeux tout enflammés 4 Qu'avez -vous donc , lui dis-je , belle Sylvie , que tout aujourd'hui vous m'avez paru eu mauvaise humeur?
Hé, rien, me répondit-ell^, rie'Éfe'Vous entendez ceHon , madame , dit Sainville à la marquise. Cela est plaisant ; je croyais avoir tonte la raison du mqnde , et il se trouva que j'avais tout le tort. Mais qu'est-ce que k colère des amans? En la ramenant chez elle , je lui dis des dhoses si tendres, et je lui demandai tant de fois pardon, que je Fappaisai, et je la suppliai dt ne me donner jamais plus de sujet de chagrin que je ne lui en donnerais à l'avenir. Cette bourrasque passée , je ^âs bien que Sylvie , toute jeune qu'elle était, était difficile aménager; et croyant queDeshayes, qui tâchait de s'insinuer auprès d'elle , ne man-
398 DOÏff QUICttOirS.
qaerjât pas- de faire son profit du nioindre petit désordre qui arriverait, et qu'il empoisonnerait tout ce qu'il m'entendrait dire, je commençai à me cacher absolument de lui, jusqu'à ne point parler de Sylvie quand il était présent. Nous voilà raccommodés : je demeurai quelques jours en repos sans rien craindre de Sylvie , que je croyais avoir entièrement rassurée ; mais j'avais HBe impatience extrême de trouver l'occasion de lui parler une heure eh secret, et, pour lui découvrir entièrement mon cœur, de l'obliger de se déclarer davantage : car ce n'est point assez en amour de se deviner , et de savoir connaître ce que l'on pense ; jusqu'à ce qu'on se soit dit Je vous aime, l'amour n'est point content, et on croit touj4|b:s qu'on s'en peut dédire. Je ne me vanterai point d'avoir jamais ouï dire ce Je vous aime /à Sylvie , j'ai seulement eu sujet.de me louer de son cœur; mais parce que j'aimais avec trop de sincérité, et que je craignais de la connaître, j*ai eu trop de retenue , et elle a cru que c'était de la négligence, dont l'amour et elle m'en ont bien châtié.
Un jour, en la nwienant chez elle avec sa mère et une de ses parentes , un gentilhomme de leurs amis , et Deshayes , il nous prit à tous un esprit de débauche; et quoiqu'il fût fort tard, nous proposâmes d'aller jouer encore deux