‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 193 sur 216 · PARTIE in, LIV. II, CHAP. XXXII · texte numérisé non relu

PARTIE in, LIV. II, CHAP. XXXII

heures; nous entrâmes dans la maison d'une dame de leurs amies , qui n'était pas encore couchée : la partie se fit entre les quatre personnes que je viens de dire , et Sylvie et moi étant demeurés seuls, nous nous mîmes à jouer de notre côté , un livre que nous tenions sur nos genoux , nous servant de table : Tamour se mit en tiers , et nous savions si peu ce que nous faisions , que les cartes nous tombaient des mains ; cû ne furent que soupirs et que tendres regards ; j'admirais les beautés de Sylvie, et je trouvais tout beau en elle ; ses yeux , languissamment attachés sur les miens, me disaient ce tendre Je vous aime , que la langue n'exprime qu'imparfaitement; son cœur, gros de soupirs, cherchait à s'unir avec le mien , et l'amour qui voltigeait entre nous deux , jouissait à plaisir de notre défaite.

La bngaeur de ees yeux m'anomit de sa foi ,

Les miens tout pleins d'ardeur répondaient de ma flamme ;

Nous n'étions qu'un cœur et qu'une âme , Que l'amour en triomphe entraînait après soi.

Il faut que vous me pardonniez un peu de transport , Famour s'explique autrement que les autres.

J'ai honte , madame , de vous avouer que j'étais ravi, mais vous devez vous souvenir que je parle à ma confidente. Nous ne pouvions nous

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quitter y et toul le monde était prêt à sortir, que nous n'avions pas encore songe à nous lever de dessus nos sièges. Deshayes dit quelque chose à Sylvie en passant devant elle , mais elle ne put lui répondre ; et en la ramenant, elle m'abandonna sa main qu'elle avait dégantée, que je baisai cent fois, et que je tins toujours serrée dans la mienne ; je ne pouvais lui parler, et elle n'en avait pas non plus la force; nos soupirs et nos regards suppléaient à la voix; mais ni le cœur ni les larmes ne pouvaient suffire ; enfin comme je me vis à quelques pas de sa porte :

Hélas! lui dis-je, belle Sylvie, nous nous allons quitter dans un moment, et que ceux que je vais passer sans vous revoir , seront différens de celui-ci! si par hasard vous vous réveillez cette nuit, pensez à un homme qui ne la va passer toute qu'à songer à vous. Ha! je ne me réveillerai point, me répondit Sylvie avec un souris, car je ne sais pourquoi je dormirais plutôt cette nuit que les autres. Il fallut se quitter à sa porte, et je m'allai mettre au lit, où je gardai fidèlement la parole que je lui avais donnée.

Vous ne voulez pas, madame, que je vous cache un. seul endroit de cette histoire; je sais pourtant bien qu'il m'en est échappé beaucoup que je pourrais vous dire, sans qu'ils ne seraient pas dans leur place ; mais pour vous dédomma-

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