‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 195 sur 216 · PARTIE m, HV. II, CHAP. XXXII. ^oS · texte numérisé non relu

PARTIE m, HV. II, CHAP. XXXII. ^oS

imitaient dans leur chant tous les tons de la mu* sique; mille jets d'eaux qui paraissaient comme d'or et d'argent liquide, s'élevaient jusque dans les nues, et en retombant dans leurs bassins, faisaient un gazouillement régulier, qui servait comme autant 4'înstrumens pour accompagner le chant des oiseaux. Je m'étais assis sur du gazon pour jouir en repos de tant de délices; et comme j'en étais à demi enivré, peu à peu je me laissais aller au sommeil ; mais voulant profiter des agréables idées dont j'avais l'imagination remplie, et le déplaisir de ne voir point Sylvie m'ayant bien éveillé, je me mis à faire des vers qui n'avaient point de rapport à l'état où je me trouvais, mais qui étaient un présage de celui où je devais bientôt me trouver ; et je m'apercevais bien que je les faisais malgré moi.

Du lieu où j'étais , j'allai dans un cabinet qui était bien digne de tout le reste ; mais il est si difficile d'en faire la peinture , que je ne l'ose entreprendre : il y avait au milieu une table de jaspe transparent, soutenue de deux pieds de porphyre aussi transparent, et tout autour de la table, des sièges de cristal, d'un ouvrage in-* connu parmi les hommes.

Ce cabinet était percé de six portes , qui répondaient à six allées , au bout desquelles il y avait des grottes pleines de figures si brillantes ,

4o4 DOK QUICHOTTE.,

qu'on les voyait parfaitement du cabinet : je vis au bout de chacune , douze dames d'une parure extraordinaire; et, comme je m'amusais à les considérer les unes après les autres, autant que je le pouvais faire , elles tournèrent du côté du cabinet, et y entrèrent toutes à-la-fois; jamiais je n'ai été plus surpris que je ne le fus alors: ces douze dames étaient des personnes que j'avais aimées , et je ne pouvais pas comprendre comment le hasard avait pu les rassembler, et pourquoi vous n'y étiez point , ni vous ni Sylvie : il me semblait que les dames étaient toutes dans l'âge où je les avals connues, et que toutes me regardaient d'un air irrité; elles s'assirent autour de la table , pendant que je ne savais que devenir , et je sentais en moi-même qu'il ne dépendait pas de moi de m'en aller, outre que la curiosité me retenait , et qu'il y en avait une à qui j'aurais bien voulu parler : c'était une demoiselle blonde, de l'âge de quinze ans, d'une beauté admirable, et du plus beau teint qu'on ait jamais vu ; mais par malheur elle me paraissait plus irritée que toutes les autres, et de temps en temps elle jetait sur moi des regards pleins de colère ; je ne savais que croire de ce que je voyais , mais je ne me trouvais point en sûreté ; et je songeais comment je pourrais faire pour en sortir , quand cette demoiselle blonde , la plus

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