PARTIE UI, LIV. U, CHAP. XXXII. ^o
dangereuse ennemie que j'eusse là , se leva de dessus son siège , et , tenant quelques papiers à la main , dit à ces dames : Yoil^ le coupable , et il n*est que trop convaincu ; voyez ce que vous en voulez faire. En même temps elle leur parla à l'oreille , comme si elle eût recueilli les voix , et ensuite s' étant rassise, elle me dit : L'amouiç te condamne à aimer toujours ardemment, à avoir de la jalousie , et à ne croire jamais devenir heureux. Je voulus parler, et représenter qu'il y avait là quatre de mes juges qui étaient mes parties , par£e que je ne les avais pas aimées autant qu'elles l'avaient souhaité , et que j'avais eu raison de n'avoir pour elles qu'une simple complaisance; mais elles se levèrent tout d'un coup, et chacune prenant par la main des hommes qui les attendaient, et que je recoh-*' nus pour avoir été mes rivaux, elles se séparèrent en diverses routes : j'avais bien envie de courir après cette blonde , dont s'était saisi certain marquis qui m'avait autrefois donné quel^ que traverse ; et s'il faut dire le vrai , je le regardais encore avec jalousie ; mais comme je voulus courir après elle , je m'éveillai rayi de ce que ce n'était qu'un songe , et me mis à penser, à Sylvie.
Cette vision , madame, dit Sain ville, ne vous a pas fait oublier en quel état nous étions Sylvie
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et moi y quand nous nous séparâmes la dernière fois : songez-y bien , car il faut que vous vous le représentiez vivement. Je m'en souvîttis parfaitement, dit la marquise. Si je vous laissais- là sans vous dire la suite , continua Sainville y toute ignorante que vous êtes en amour, vous ne douteriez pas que de si beaux commencemens n'ont pas manqué ^l'avoir une suite bien agréa- He ; et malgré votre fierté naturelle et Vindiffé- . renc« que vous avez pour les amans , vous sentiriez quelque mouvement de la jalousie ; mais combien penses&-vous que cela a duré ? ce n'était qu'une trahison que me voulait faire l'amour , dont il semblait pourtant qu'il m'eût comme averti par ce songe ; et pendant qu'il nous laissait croire , à Sylvie et à moi , qu'il n'attendait plus qu'une occasion favorable pour nous rendre heureux , et qu'il la ferait naître à toute heure , dès le lendemain au soir, sans aller plus loin , il détruisit tout ce qu'il avait fait , hoinmis la passion violente qu'il avait mise en mon cœur : comme je ti'ai pas assez de bien pour faire k fortune de Sylvie, je songeais déjà a m'acquérir ses parens et ses amis à force de services et de complaisances, afin qu'ils ne regardassent pas de si près aux intérêts, que l'on considère ordinairement dans ces rencontres plus que le reste ; et me croyant sur de son cœur, je ne craignais point qù*elle