‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 197 sur 216 · PARTIE m, LIV. II, CHAP. XXXII. 4o · texte numérisé non relu

PARTIE m, LIV. II, CHAP. XXXII. 4o

s'engageât ailleurs, à moins que d'y être absolument forcée , et qu'encore ce ne serait pas sans m'en avertir.

J'allai de bonne heure chez Sylvie, que je trouvai seule dans une chambre extrêmement parée ; et dans la joie dont mon cœur était plein, elle me parut plus belle que jamais; comme je vis que nou^ étions seuls , je lui pris la main , et la lui baisai en Itiî disant : Belle Sylvie , vous connaissez mon amour, il n'y a que vous et moi, ne craignez-vous point que je vous fasse quelque violence ? voilà la seule chose au monde que j'aie dite à Sylvie dont elle pût s'offenser. Non , me dit-elle en me regardant assez tendrement. Sa mère l'appela dans ce temps-là , et je ne pus lui dire autre chose, sinon ) Vous avez -raison, car je n'ai pas moins de respect que d'amour.

Je la suivis d'assez près, et je trouvai heureuse-ment qu'il y avait déjà du monde dans la chambre ; j'avais besoin de ce secours-là , car j'étais si ému de m^être vu seul avec Sylvie , que j'avais bien de la peine à me remettre , et dans la foule on ne s'apercevait pas de mon larouble : on se mit en conversation en attendant les joueurs, et on parla de l'amour; chacun le définit à sa manière , et je vis bien que personne n'en savait tant que moi. Sylvie ne disait rien ; j'étais ravi de voir qu'elle savait se taire , et qu'elle ne vou-

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lait point paraître savante sur une matière qu'elle devait ignorer; mais il fallut enfin qu'elle dît son sentiment, une dame de la compagnie lui ayant demandé ce qu'elle en pensait Madame , répondit Sylvie, il faut me demander ce que je m'en imagine, car c'est un pays où je n'ai jamais voyagé , et dont je n'ai pas ouï parler, et n'en ayant nulle connaissance , je n'en puis rien dire qu'en devinant. Mais, lui dit cette dame, qui la voulait faire parler parce qu'elle savait bien qu'elle avait de l'esprit , est-ce que vous n'avez jamais aimé qui que ce soit ? je crois bien que pour de l'amour vous ne l'avez pas encore senti, mais n'avez-vous eu ni amitié ni affection pour personne ? Il y a donc , dit Sylvie , de la différence entre l'amour, l'amitié et l'affection? Assurément, dit cette dame, et quelquefois une différence bien sensible. Je vous avoue que je n'entends point ces nuances , répondit Sylvie , mais j'aime bien Phénice , et que ce s^it amour ou amitié , je me sens le cœur assez bien fait pour aimer toute ma vie constamment , pourvu qu'on ne me trompe point. En disant cela elle jeta les yeux sur moi, et les miens l'assurèrent d'une fidélité inviolable.

Nous touchons de si près à ce funeste moment qui commence mes malheurs, que j'ai besoin de m'interrompre moi-même pour repren-

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