PARTIE Ulj LIV. Il, CHAP. XXXIl
dre mes forces; je vous jure, madame, que si c*était vous qui m'eussiez fait le tour que m'a fait Sylvie , je n'y aurais pas survécu trois jours, et la grandeur de ma perte m^aurait fait faire de terribles sacrifices : mais j'ai pardonné quelque chose à l'âge de Sylvie , qui ne lui permet peutêtre pas de connaître toute son injustice, et outre que je suis déjà plus avancé que je ne le souhaiterais, j'espère qu'elle en aura quelque repentir, quand elle y aura fait réflexion , quoique je ne songe nullement à en profiter.
Nous étions ce jour^à chez cette parente malade ; Sylvie me demanda si je voulais jouer à Tombre , et le jeu était comme notre rendezvous, plutôt qu'un commerce d'intérêt : nous nous mîmes à jouer, elle, un autre et moi^ et nous jouions paisiblement, quoique sans songer au jeu.
En cet endroit du récit de Sainville, on entendit un grand cri dans la rue , et un carrosse s'arrêta devant le logis de la marquise; une de ses filles en ouvrit une fenêtre , et elle vit à la lueur des lanternes trois ou quatre hommes qui environnaient le carrosse, et dont il y en eut un qui lui montra le pistolet. Elle rdferma vite la fenêtre , et dit ce qu'elle avait vu. Sainville fut aussitôt dans la rue , l'épée à la main , comme on criait déjà de toutes parts: Aux voleurs! et il
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s'attachait à un cle ces hommes qui l'avait tiré ; mais enfin cet homme prit la fuite aussi bien que les autres, et Sain ville , qui était animé , le poursuivit sans lui donna: de relâche. On visitait cependant le carrosse, où il n'y avait que deux femmes, dont Tune toute évanouie qu'elle était ne laissait pas de paraître fort jeune et trèsagréable. La marquise la fit porter chez elle par ses gens, et prenant en mdme temps parla main cctt« autre femme , qui était encore toute tremblante , et que la frayeur avait toute défigurée , elle la mena à sa chambre; on fit revenir celle qui était évanouie à force de remèdes , mais la peur l'avait tellement saisie, qu'elle retombait incessamment en faiblesse , ce qui obligea la marquise de la faire mettre au lit. Cette autre femme, qui commençait à se remettre , faisait de grands complimens à la marquise , des bontés qu'elle avait pour elle et pour sa nièce , et la marquise les lui rendait au double. Une parente de la marquise qui avait toujours demeuré à la porte de ïa rue pour savoir ce que c'était que ces dames, et les gens qui avaient attaqué le carrosse, entra dans la chambre ^ et vint dire à la marquise que ces dames ne lui étaient pas inconnues; cela obligea la marquise à la regarder de plus près, et elle la reconnut effectivement pour une dame de son voisinage, avec qui elle avait joué quel-