PARTIE m, LIV. U, CHAÏ^. XXX
avait rien là qui ne domât de la frayeur à la marquise, et en repassant tout ce qu'on lui avait dit , elletrouvaitqueSainville pouvait toûjoursy avoir part , et ce qui l'alarmait davantage , c'est de ce qu'elle ne le voyait point en effet, et de ce qu'il ne lui faisait point savoir de ses nouvelles ; dans les tristes imaginations que cela hii donnait, elle ne put s'empêcher de crier : Ah , pauvre Sainville! A ce cri, cette demoiselle, qui n'était que légèrement assoupie, se feva brusquement sur le lit , et cria de son côté : Hé mon Dieu! qu'estce donc que tout ceci? Là marquise s'approcha d'elle pour lui demander ce qu'elle avait , et cette demoiselle larecôiinaissant, se remit dans le lit, et lui dit que c'était un songe qui l'avait réveillée. Elle voulut ensuite lui faire un compliment de toutes les bontés qu'elle avait pour elle , rejetant sur l'accident qui lui était arrivé toutes les incivilités qu'elle aurait pu faire,- et de ce qu'elle ne Favait point reconnue ; mais elle dit cela avec tant de confusion , qu'elle en fit pitié à la marquise, qui craignit qu'un mal qui la troublait de^ la sorte n'eût de fâcheuses suites : la marquise lui conseilla de se reposer, et de tâcher de se remettre afin de souper avec sa tante , qui allait revenir, et elle s'en alla rêver -auprès du feu à l'aventure de Sainville, dans laquelle elle ne pouvait rien connaître , et çù elle voyait tout à
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appréhender ; elle craignait si fort qu'il n*eût été tué , qu'elle souhaita cent fois qu'il fût un de ces deux hommes qu'on avait menés en prison , quoique ce fût un des plus grands malheurs qui lui pût arriver , y allant de sa liberté et de toute sa fortune ; mais elle était résolue d'em|)loyer toutes choses pour lui, jusqu'à obliger son mari à le redemander au roi pour le prix de tous ses services. La tante de cette demoiselle arriva pour lors accompagnée de sa sœur et de deux ou trois de ses amies , qui firent mille complimens à la marquise des honnêtetés qu'elle avait pour leur parente , et comftie elles voulurent s'approcher de cette demoiselle pour lui demander en quel état elle se trouvait, elle les pria de la laisser en repos. La marquise leur dit aussi , que dans l'état ou elle la voyait, elle avait plus besoin de repos que de tout autre chose , et qu'il n'y avait que cela qui la pût bien remettre , ajoutant qu'elle espérait de leur bonté qu'elles ne feraient pas scrupule de lui confier leur nièce. (Ces dames témoignèrent à la marquise qu'elles ne consentaient qu'avec beaucoup de peine à lui donner cette incommodité; mais voyant qu'il y avait quelque péril pour la santé de leur nièce , à la transporter dans un temps qu'elle n'était pas encore revenue de son émotion , et qu'elle-même ne le souhaitait pas, après bien des honnêtetés