PARTIE ni, LIV. II, CHAP. XXXII
cident, nous en apprendrons sans doute des nouvelles bientôt , et noup y remédierons.
Le souper n'était pas fini , que les gens que la marquise avait envoyés pour apprendre des nouvelles de Sainville, lui vinrent dire qu'ils n'avaient rien appris autre chose , sinon qu'un homme qui en avait blessé un autre auprès de la Croix -Rouge, avait été poursuivi jusqu'au bout de la rue de Grenelle , et que le guet l'ayant pris , on l'avait mené en prison avec le blessé ; qu'il y en avait un qui avait un ruban jaune , et que tout le monde disait qu'il n'y avait point de quartier pour eux , parce qu'ils s'étaient battus en duel. La marquise parut inconsolable de ce qu'on venait de lui dire : Un ruban jaune! s'écria-t-elle : ha ! il ne faut plus douter que ce ne soit le pauvre Sainville : est-il possible que je ne sois revenue que pour être cause de sa perte ? En même temps elle se jeta sur le lit, et dit à cette demoiselle : Mademoiselle , de quelque manière que soit la chose , le pauvre Sainville est perdu. Elle fut bien étonnée de ce qu'elle ne lui répondit point après l'avoir vue si affligée de ce qu'on ne savait ce qu'était devenu Sainville ; elle la prit par la main , et la trouvant froide et sans mouvement, elle cria qu'on vînt à elle. Cette pauvre demoiselle était évanouie , et il semblait qu'elle fût mofte. Elle fut plus d'un gros quart-
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d'heure à revenir, quelque chose qu'on lui pût faire , et quand elle commença à se reconnaître : Hélas! dit-elle, serai -je cause de tous ses malheurs ? Madame , ajouta-t-elle en regardant triste ment la marquise, que j'ai de choses à vous apprendre ! hé ! que je serais heureuse si j'étais morte il y a six mois ! La marquise était si affligée , qu'elle n'entendait presque pas ce que lui disait cette demoiselle , et n'ayant pas moins besoin qu'eUe de consolation, elle ne songeait plus à lui en donner; elle se mit au lit auprès d'elle , et fit veiller des gens dans sa chambre afin qu'on ne manquât pas de la venir lever dès qu'il serait jour. La nuit se passa en des inquiétudes perpétuelles, la marquise songeant toujours à chercher des biais pour sauver Sain ville, et n'en pouvant trouver , et cette demoiselle pleurant et soupirant sans cesse , et cela sans se dite un mot l'une à l'autre. Le jour venu , la marquise sortit en carrosse, recommandant à une de ses parentes d'avoir soin de cette demoiselle , à qui elle fit des excuses de ce qu'elle la quittait. Elle courut à toutes les prisons pour apprendre des nouvelles de Sainville, et on lui dit partout qu'on ne le connaissait pas. Elle alla chez le chevalier du g)aet » mais il était allé à Saint-Germain : elle ne douta pas que ce ne fût pour demander au roi ce qu'il voulait qu'on fit de deux prisonniers qui