‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 203 sur 216 · PARTIE m, LIV. II, CHAP. XXXII · texte numérisé non relu

PARTIE m, LIV. II, CHAP. XXXII

s'étaient battus en duel. Dans les alarmes où elle était, elle ne trouvait encore rien de si fâcheux que de ne savoir où pouvait être Sain ville, pour lui témoigner ^a douleur , et savoir ce qui s'était passé, afin de le pouvoir mieux servir.

Après avoir couru inutilement toute la ville , et avoir fait parler des gens d'importance au premier président et au lieutenant criminel, et à d'autres officiers de cette conséquence, elle revint enfin chez elle , presque désespérée : elle trouva cette demoiselle^ qu'on peut dire qui l'était tout-à-fait. Il y avait plus de deux heures que ses tantes étaient avec elle , sans en avoir pu tirer une seule parole ; elle' était dans une agitation terrible , et de temps en temps elle tombait en faiblesse. La marquise n'avait pas la force de parler à personne , et croyant que les dames savaient ce qui était arrivé à Sain ville , et la part qu'elle y prenait, elle les suppliait de lui pardonner , si dans l'embarras où elle se trouvait , elle ne les pouvait entretenir.

Enfin cette demoiselle dit à ses tantes , qu'elle les priait de s'en aller , et de la venir quérir sur les six heures du soir ; et quand elles furent sorties ^ Madame, dit -elle à la marquise, je vois bien que je meurs, et je ne mourrais pas contente si je ne vous avais dit tout ce que j'ai sur le cœur : je vais tâcher de me remettre, afin de

pouvoir vous l'apprendre , et si vous savez quelque chose qui redonne des forces , je vous prie de me le faire donner tout-à-l'heure , de peur que la faiblesse et 1 -ennui ne me consument avant que de vous avoir révélé mon secret. La marquise fit donner un bouillon à cette demoiselle, dans lequel elle mit d'une essence excellente qu'on lui avait envoyée d'Italie pour fortifier le cœur et le cerveau ; elle en prit aussi pour ellemême , et ayant su de cette demoiselle qu'elle ne voulait pas manger , elle dit à tout le monde de se retirer. Lorsqu'elles se virent seules , cette demoiselle jeta un grand soupir , et après avoir prié la marquise de la vouloir embrasser , Madame , lui dit-elle , je devrais mourir de honte des choses que je vais vous dire , mais il faut se faire justice une fois en sa vie. Je la dois à un homme que j'ai rendu malheureux, je la dois à vos honnêtetés, et mon repentir la demande.

En cet endroit elle commença à sangloter de telle sorte , que la marquise craignit qu'elle n'allât expirer: elle se remit pourtant, et elle allait parler , quand on vint dire à la marquise qu'il y avait un homme en chaise à la porte qui demandait à lui parlenr. La marquise dit qu'on le fît venir , et elle s'alla mettre auprès du feu pour le recevoir. Il monta en même temps , et entra le manteau sur le nez et le chapeau enfoncé ,

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