PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXXII
comme un homme qui aurait eu mauvais desr sein. La marquise fut bien étonnée de voir entrer de cette manière un homme dans sa chambre , mais elle le fut bien davantage quand elle vit que c'était Sain ville. Elle courut l'embrasser, et lui demanda par quel bonheur elle le revoyiait encore , et sitôt lui reprochant obligeamment qu'il lui avait donné les plus terribles alam^s du monde. Madame , répondit-il , vous pouvez croire que si j'avais pu vous donner de mes nouvelles , je n'aurais eu garde d'y manquer ; j'ai trop de preuves de votre amitié pour ne pas douter que vous n'ayez eu quelque inquiétude. Dites donc des plus cruelles qu'on puisse avoir, re* partit la marquise. Je ne voudrais pas que vous les eussiez eues ; mais je veux bien vous donner la satisfaction de vous apprendre que je n'ai jamais senti rien de semblable pour personne. Ne vous amusez point à me faire des remercîmens ; apprenez-moi seulement si vous êtes en sûreté , et tout ce qui vous est arrivé depuis hier au soir. Vous savez , madaine , dit Sain ville , que, parmi les gens qui avaient attaqué ce carrosse devant votre porte , il s'en trouva un qui , me voyant aller à lui l'épée à la main , me tira un coup de pistolet. Je m'abandonnai sur lui, résolu de le tuer : il se défendit assez opiniâtrement , mais les voisins ayant crié aux voleurs! il prit la fuite
aussi bien que les autres. J'étais si piqué , que je le poursuivis de toute ma force , et je l'attrapai auprès de Tabbaye des Prémontrés. Comme il vit que je le serrais de près , il se retourna et se défendit assez vigoureusement; mais je lui portai' un coup dans le corps , où je laissai la moitié de mon épée. En voulant revenir ici, je me trompai, et je me n allai assez froidement dans la rue de Grenelle, quand les archers du guet, qui ve^ naient d'arrêter un homme blessé, me voyant l'épée à la main , se jetèrent sur moi et m'arrêtèrent , sans que j'eusse le loisir de me mettre en défense, ce qui m'aurait même été fort inutile. Us me menèrent au Fort-l'Évêque, avec cet homme blessé, qui n'en pouvait plus, et qu'ils étaient contraints de porter à quatre. En entrant dans la prison , on le mit sur le lit du geôlier, croyant qu'il allait expirer ; je le crus aussi , et je m'approchai de lui pour lui demander s'il ne souhaitait point quelque chose de mon service. Je le reconnus pour un assez brave garçon , que j'avais vu cent fois en ma vie , et le nommant par son nom : Qui vous a mis en cet état-là ? lui disje. Il me sembla que ma voix avait rappelé ses forces, mais ce fut pour me regarder fixement, et s'écrier i Messieurs, voilà rassassin. Ce mot me surprit. Moi! dis-je; enai-je l'air, messieurs? ajoutai -je; cet homme est plus mal qu'on ne