‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 205 sur 216 · PARTIE m, HV. II, CHAP. XXXII · texte numérisé non relu

PARTIE m, HV. II, CHAP. XXXII

pense , et il a encore plus besoin d'un confesseur que d'un chirurgien. Il y avait dans le Fortl'Evéque un chirurgien qui venait panser un mousquetaire , qu'on dit qui s'était blessé en se voulant sauver de prison; on l'appela pour visi-r ter La Roque, c'est le nom de celui dont je paiie , et d'abord qu'il eut vu la plaie , il en jugea mal : il dit pourtant que , pour en bien ju-^ ger , il lui fallait tirer la pointe d'une épée qu'il avait dans le corps , et ayant envoyé quérir un de ses garçons pour lui aider, il la tira; mais quand il vit qu'elle avait près d'un pied de long : Il n'y a rien à espérer, dit -il , cet homme ne sera point là demain à midi. Dans ce temps-là , un archer apporta l'épée qu'ils m'avaient ôtée en m'arrêtant, et en l'ajustant devant tout le inonde avec la pointe qu'on venait de tirer, on vit clairement que ce n'était qu'une même épée rompue en deux , et on me demanda si elle n'était^as à moi. Je répondis fièrement que oui ; mais ce que venait de dire ce malheureux , en m'accusant de l'avoir assassiné de mon épée rompue , me fit craindre qu'il ne mourût avant que de m*avoir justifié, et je pressai le geôlier de faire venir un confesseur pour l'assister à la mort. Le confesseur vint, mais il n'en put rien tirer, parce qu'il tombait à tout moment en faiblesse. Pour moi , l'eus beau faire , on m'envoya

dans un cachot , les fers aux pieds , quoique je protestasse de mon innocence. Je fis prier le geôlier de me venir voir pour une chose d'importance ; et après lui avoir dit que je ne craignais nullement révénement de cette affaire , je lui fis connaître que j'avais bien des amis de qui il dépendait, et qui lui sauraient mauvais gré de m'avoir si maltraité. Il voulut se défendre sur ce qu'il n'en était pas le maître, mais il ne se défendit pas de même de six louis d'or que je lui mis dans la main ; et à la considération de M. le président..., pour qui je lui donnai un billet tout ouvert , il me fit donner une bonne chambre et un bon lit , et il soupa même avec moi. Je le priai instamment de vouloir me donner quelqu'un pour porter un autre billet dans la rue Tarane , à une dame que je dis de mes parentes , et qui serait en peine de moi ; mais il s'en excusa sur ce qu'il était déjà bien tard , et me fit comprendre qu'après l'accusation de La Roque , faite en présence de tant de gens, tous les services qu'il pourrait me rendre ne feraient que Tembarrasser, et qu'il hasardait déjà beaucoup en m'ôtant les fers : il n'avait pas laissé d'envoyer

mon billet au président , qu^on avait trouvé

couché ; mais il avait mandé par un de ses gens qu'on me traitât bien , et qu'il me verrait le matin de bonne heure. Je ne vous dis point les in-

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