PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXXII
quiétudes que j'avais de celles que je ne doutais pas que vous n'eussiez ; c'est ce qui m'a le plus mal fait passer la nuit. Le matin , sur les sept
heures, le président m'est venu voir, et après
m'avoir fait conter toute l'aventure d'hier au soir, dans laquelle je lui avais dit naïvement toute la vérité, et dont il m'a cru , il m'a dit qu'il n'y avait rien de fâcheux que l'accusation de cet homme , et que , pourvu que ce ne fût point un duel , Hm'en tirerait bientôt. Il m'a demandé ensuite de vos nouvelles , m'assurant qu'il avait toujours eu pour vous une extrême considération ; et comme nous parlions de bien des choses différentes , on est venu me dire que le blessé se mourait , et qu'il demandait à me voir. Le président, qui a voulu être témoin de ce qui se passait, m'y a mené lui-même : d'abord que nous avons été entrés dans la chambre , La Roque m'ayant aperçu , m'a i rié d'une voix assez faible : Monsieur, dit-il, je me meurs, et je mourrais désespéré si je ne vous avais pas demandé pardon de vous avoir si injustement accusé; en même temps il a voulu qu'on écrivît ce qu'il avait à dire. Il était déjà si iaible , qu'il n'avait pas la force de parler, et il ne l'a fait que pour me justifier pleinement, en disant devant tout le monde que c'était lui qui s'était chaîné d'enlever une dame à la prière de son mari , et que me voyant
aller à lui ]'épée à la main , il avait eu dessein de me tuer d'un coup de pistolet , s'y trouvant d'autant plus animé , qu'il m'avait reconnu , et qu'il craignait aussi que je ne le reconnusse ; mais que je l'avais tué en galant homme , et comme un homme dont Dieu se servait pour le châtier. On lui a demandé qui était cette dame qu'il voulait enlever, où on la voulait mener, et qui était celui qui le lui faisait faire. Il a répondu que ce n'était que pour la mettre dans un couvent, et qu'il croyait avoir pris un carrosse pour l'autre : il n'en a pas pu dire davantage , ou ne Ta pas voulu. Il m'a prié de l'embrasser et de lui pardonner; et après nous avoir dit tout bas au président et à moi , qui était le mari qui a voulu faire faire cette violence à sa femme , il est mort entre mes bras. Sur la déposition de La Roque, le président.,..^ a dit que j'étais pleinement justifié ; et sans s'amuser aux formalités , il m'a pris sur sa parole etm'a emmené chez lui, où je n'ai pas voulu dîner , dans l'impatience que j'avais de vous voir.
Ah ! Sain ville, dit la marquise , si vous saviez ce que vous me coûtez , vous ne me feriez jamais de reproche. Là-dessus elle lui conta tout ce qui s'était passé depuis le soir précédent, sans lui parler des dame$, et il ne pouvait fournir à la remercier de tant de marques d'une véritable et