PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXXII
le perfide , pour me faire perdre un homme que j'aimais , et dont il me voyait tendrement aimée, ne se trouvant pas assez de mérite pour m'acquérir, a employé toutes sortes d'artifices pour ' le détruire dans mon cœur. Je ne saurais nier que je n'aie eu de la faiblesse ; mais attaquée de tous côtés par des gens qu'on avait animés contre yous^ par mes tantes, qu'un lâche intérêt aveuglait^ et par mille autres ressorts qu'on faisait jouer en même temps , il n^était pas difficile de séduire mon cœur après avoir séduit mon fôprit. Mais combien de fois vous ai-je plaint avec des larmes , dans le temps que je croyais avoir sujet de me venger? combien de fois ai-je pris votre parti contre moi-même , et quel bien n'aije point dit de vous ^ pendant qu'on m'en persuadait tous les maux imaginables? je vous dois cette satisfaction, et je me la dois à moi-même, et pour le prix de cet aveu et de mon repentir, je vous demande seulement que vous ajoutiez foi à mes paroles; s'il vous reste encore quelque doute, croyez-en mes larmes, qui n'ont cessé de couler depuis que je vous ai perdu , et croyezen l'amour que je vous avais témoigné. Ah! Sylvie, dit Sainville, où m'êtes-vous venu chercher? je ne croyais pas qu'on pût rien ajouter à mes malheurs, mais ce que vous venez de me dire , me rend plus malheureux que jamais ; ne
méritaisrje point que vous vous éclaircissiez avec moi de tant d'impostures? et n'est-ce pas la dernière des injustices d'en avoir cru mes ennemis sur leurs paroles, et de m' avoir condamné sans m'entendre? mais pourquoi me donner de la jalousie , quand je vous servais avec tant d'ardeur et de sincérité ? pourquoi m'attirer les yeux de tout le monde , si ce n'était pour les détourner de dessus mon rival , et pourquoi caresser à ma vue un amant si indigne de vous , qui déclarait tout haut qu'il ne songeait pointa vous épouser, si vous n'aviez pas dessein de me désespérer et de m'éloigner de vous? conunent pouvais-je interpréter des inquiétudes que je savais bien qui n'étaient pas pour moi; les intelligences que vous aviez avec lui , votre impatience quand il n'y était pas, tous les mauvais traitemens que vous me faisiez en sa présence, et le soin que vous preniez de m'arracher ceux de mes amis que vous voyiez chez vous, pour les lui donner; et mille autres choses que mon cœur vous épargne, et que vous savez bien que je pourrais vous reprocher, et qui sont autant de marques de votre infidélité et de ma constance; en un mot, jugez quel est ce cœur que vous avez bien voulu perdre, puisqu'après tout cela vous ne Pavez point perdu ; ah , Sylvie ! ah , Sylvie ! ne vous retrouverai-je que pour renouveler mes douleurs,