PARTIE m, IIV. II, CHAP. XXXII
et ne m'arez vous donne de l'amour que pour me rendre misérable ? je tous aimerai jusqu'au dernier soupir, je ne crains point de vous le dire , c'est une satisfaction que je veux bien vous donner encore, et que je me dois aussi à moimême; mais ce sera si loin de vous que je ne serai pas témoin des sacrifices que vous ferez.de mon amour , et que je n'aurai pas la douleur d'en voir triompher mes ennemis : je ne doute point que je n'en meure de déplaisir, mais il faut que je me punisse de n'avoir pas eu assez de mérite pour me conserver votre cœur. En achevant de parler, il s'écria encore: Ah, Sylvie! et Sylvie s'écria : Ah, Sain ville! quel démon nous persécute ? et elle en voulait dire davantage , mais il sortit de la chambre fondant en larmes, et elle demeura dans une tristesse profonde , qui approchait du désespoir.
La marquise, magnifiquement parée, rentra dans la chambre un moment après , et n'y trouvant point Sainvilie , elle demanda ce qu'il était devenu, et qu'on l'allât quérir pour dîner. Puis s'adressant à cette demoiselle , elle lui demanda si elle ne le trouvait pas de bonne conversation. Sylvie était dans un état où elle ne s'était encore jamais trouvée , et ne sachant comment faire pour le cacher, elle craignait également de parler et de se taire ; mais enfin craignant que
son silence ne trahît les mouvemens de son cœur, elle se força de parler, et dit à la marquise que ce n'était pas de ce jour-là qu'elle connaissait le mérite de Sain ville, qu'elle l'avait vu quelquefois à la promenade, et que tout le monde en parlait avantageusement Sainville était sur le point de sortir , quand on lui alla dire que la marquise le demandait^ si bien que malgré l'émotion où il était encore , il ne put s'empêcher de remonter; mais il entra si défait, et les yeux si rouges, que quelque soin qu'il prît de se cacher, il ne put empêcher que la marquise ne le remarquât. Hé, qu'avez-vous, dit-elle, Sainville? vous trouvez-vous mal ? Oui , madame , réponditil , il m'a pris un grand mal de cœur dans votre chambre , et j'allais sortir pour prendre l'air , quand on m'a dit que vous me demandiez. C'est, dit-elle, que vous avez mal passe la nuit aussi bien que moi , et que vous n'avez d'aujourd'hui mangé.
On mit le couvert auprès de la malade, et on servit le dîner; la marquise voulut s'étudier à faire bonne chère à ses hôtes, et comme elle avait de la joie elle s'efforça de leur en donner ; mais elle n'y réussit pas. Sylvie ne put manger, et prit seulement un bouillon par complaisance , s'excusant sur sa faiblesse. Sainville , qui n'était pas moins dégoûté, rejeta tout sur lé mal de