PARTIE lU, LlV. I4 CHAP. VIII
le faut, parce qu'elles ne font pas gt^nde dépense. II faut j nécessairement ^ dit don Quichotte, que le cheralier errant ait une dame, • qui soit dame de ses pensées , au nom de qui il entreprenne toute chose, et à qui il se recommande dans le combat. Et oùi^ dit Santho, cela serait bon si elle était toujours là quand je combattrai ; mais à trente ou quarante lieues , . comment pourra-t-elle m*entendre ? ne vaut-îl pas bien mieux que je m'adresse à Dieu qui est toujours présent ? Assurément , répondit don Quichotte, il faut toujours implorer le sécoufs ^du Ciel préférablement à tout; mais il esf de Tes^ sence du chevalier errant de se recommander à sa dame , et tout' ce qu'il y a eu de chevalier^ au monde en ont usé de la sorte , témoins Ama- . dis, Esplandian, le chevalier du Soleil, et le reste ; et quoiqu'il ne soit pas dit partout qu'ils le fissent, il faut toujours le supposer^ parce que la plupart l'ont fait , et le fort emporte le faible. Pour toi i il y pourrait avoir quelque scrupule , à cause que tu as une femme; mais il y a bien des moyens de le lever, sans compter qu'il est question d'un ordre exjçellent au-dessus de tous les autres, et qu'il n'est pas impossible d'avoir des dispenses. Oh , dispense ou non , dit Sancho , je suis le maître dans ma maison , je puis m'en séparer quand je voudrai ; il y a asses^ T. V. 5
long-temps que nous vivons ensemble Thérèse et moi : il faut faire place à d'autres ; et puis nous avons des enfans de notre façon , que fautil davantage ? jpourvu que je les pourvoie et que je la nourrisse , qu'<lL*t-elle à dire ? je n'aime pas . qu'on me contrôle , ^t qu^elle ne vienne point me rompre la tête , elle sait bien que je ne suis pas souffrant. N^esaminons point, mon fils , si nous raisonnons juste, reparti^don Quichotte; il suffit que la dame que tu choisiras , n'étant engagée dans aucun commerce avec toi^ et cela ne se faisant que pour suivre les lois de la chevalerie , il n'y a rien dont l'église puisse être offensée.
Il y a une autre chose qui m'embarrasse, dit Sancho, c'est que vous m'avea dit autrefois qu'il faut un cheval ; où en prendrairjc un ? J'en ai chez moi , répondit don Quichotte , tu pourras choisir, et je te promets de te donner le prelhier que je gagnerai dans le combat. Vous me fîtes la même promesse, dit Sancho , dans nos premières courses, et je vous répondis comme alors : à tout hasard, voyons nos poulains; aussi bien y ai-je part, car je u'ai point vu la queue d'un de ceux que vous m'aviez donnés. Et pourquoi cela ? demanda don Quichotte. Pour la raison , je ne li sais pas, dit Sancho ; mais je sais bien que je n'ai pas eu unjïoùlain, et la bonne gou-